AGAPES FRANCOPHONES 2017

L’écriture créative en FLE : le silence du texte littéraire la voix de l’apprenant _____________________________________________________________ 459 compétences écrites et de libérer leur voix spontanée et leur créativité. 1. Quand le silence du texte devient la voix du lecteur… Le silence est ici théorisé d’une manière généralisante puisque cet article ne tente pas d’aborder sa rhétorique mais de présenter ses principales caractéristiques qui permettent une exploitation didactique lors des ateliers d’écriture créative en classe de langue. Nous considérons les silences du texte comme des espaces d’indétermination et comme un signifiant vide ou manquant qui permet l’intrusion du lecteur dans le récit. Les nombreuses recherches qui étudient l’ontologie et la dimension esthétique du silence tentent de ne pas le réduire à une seule interprétation afin de révéler sa polyvalence, la multiplicité de ses formes ainsi que ses applications variées. Les chercheurs expliquent que le silence constitue un phénomène insaisissable, fluctuant et fuyant (De la Motte 2014, 11) qui dispose de puissances suggestives supérieures qui l’élèvent au-dessus des mots et au-delà du dicible (De la Motte 2014, 16). Le silence apparaît entre la trame des mots comme un élément trans-langagier qui ne peut être perçu et compréhensible qu’à l’ombre de l’élément verbal (Mbaye 2015). Il est défini non pas comme le contraire du langage mais comme un langage non-verbal sous-jacent au langage verbal (Mbaye 2015, 4), inhérent à la parole (Boué 2009, 12). Il se présente comme une dimension du langage (Le Meur 2011, 76) et comme un phénomène de non- énonciation qui porte cependant une ou plusieurs significations. Il s’agit d’un prolongement de la parole, d’un silence bavard et d’un vide à remplir qui transforme le lecteur en coproducteur du texte. Comme l’explique Jean Starobinski, « la parole cherche souvent à s’effacer pour laisser la voie libre à une pure vision, à une intuition parfaitement oublieuse du bruit des mots » (Labeille 2007). Ce sont ces postures paradoxales de la parole que les chercheurs appellent silence . Cette réalité met en évidence les limites du langage et de l’écriture ainsi que les défis de leur caractère elliptique, minimaliste et fragmentaire. Les non-dits, les non-écrits, les sous-entendus, les allusions et les vides accordent une place privilégiée aux récepteurs du texte. Selon Wolfgang Iser, « en effet, en tant que silences dans le texte, ils ne sont rien. Mais de ce rien est issue une simulation importante à l’activité de constitution » (1985, 338). Quand un écrivain refuse de dire, il développe une stratégie discursive (Van Den Heuvel 1985, 73) et il donne lieu à des espaces vides qui accordent une nouvelle valeur aux mots environnants et qui appellent l’instance interlocutrice à la collaboration (Van Den Heuvel 1985, 82). Ces propriétés silencieuses du texte induisent la problématique de la réception du texte ainsi que la question du rôle du lecteur dans la construction du sens. Les espaces vides constituent une opportunité pour le lecteur de prolonger le texte, de combler les non-dits mais aussi de dépasser cette dichotomie entre l’auteur et le lecteur. Or, la naissance du lecteur n’exigerait pas obligatoirement la mort de l’auteur 1 mais il s’agirait plutôt d’une symbiose harmonieuse entre les deux qui ouvrirait la voie à un lecteur-critique capable de collaborer activement au travail créateur proposé par l’auteur (Brun 2001, 201- 202). La lecture prend donc la forme d’une exploration, d’une quête et d’une 1 « La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’Auteur » voir Barthes 1984, 67.

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