AGAPES FRANCOPHONES 2017

L’écriture créative en FLE : le silence du texte littéraire la voix de l’apprenant _____________________________________________________________ 461 Comme l’explique Tzvetan Todorov, l’écriture est une sorte de retour vers la plume d’un autre chez qui on retrouve les mêmes mots, les mêmes motifs et les mêmes structures narratives. À la fin d’un colloque à Cerisy en 1969, il affirme qu’il faut dépasser l’antagonisme entre la lecture et l’écriture littéraire en affirmant que : « [...] l’écriture est toujours lecture, lecture des textes du passé. On nous l’a bien dit : la spontanéité n’est jamais vraiment spontanée ; en fait, en écrivant, nous nous situons aussi toujours par rapport à un texte déjà existant ; nous faisons aussi une lecture. » (Todorov 1981, 221). Dans la même lignée, Antoine Compagnon affirme aussi de son côté que « le travail de l’écriture est une réécriture, [...] citation et commentaire » (1979, 32). Les écrivains et les chercheurs s’accordent pour dire que la lecture est une étape qui nourrit l’imagination et qui cultive notre jardin intérieur . À partir de la lecture, les auteurs trouvent des images ou des sujets qui les inspirent et auxquels ils ajoutent un caractère personnel. Selon Karl Canvat, il n’y a pas de « [...] pratique scripturale qui ne se situe en fonction d’un système générique préexistant, que ce soit pour le respecter ou pour le transgresser » (1998, 275). L’écriture apparaît alors comme une sorte de destruction composite et de bricolage constitué des structures et des idées déjà rencontrées. Ainsi, l’auteur « devient un bricoleur – comme dirait Lévi-Strauss – qui s’arrange et utilise tous les moyens qu’il dispose afin d’atteindre son objectif » (Kordoni 2013, 379). L’auteur – bricoleur procède à un réinvestissement, à un filtrage, à une transformation, tout en affirmant son identité créatrice (Kordoni 2013, 379). Il y met toujours quelque chose de lui-même, quelque chose de personnel qui le distinguera des autres. Sa perception du monde et son imaginaire s’installent en parallèle d’un réseau de souvenirs du passé et des liens intertextuels qui créeront son nouvelle œuvre. Une addition d’influences s’opère et contribue à une transformation et à une reproduction d’une œuvre. Un réseau de corrélations se tisse entre deux ou plusieurs textes et cette opération d’imitation produit un autre texte. Chaque texte littéraire contient d’autres textes en puissance qui attendent d’autres auteurs pour être développés et pour prendre naissance. Car un texte abandonné dans le passé peut être réactivé dans le futur par un autre écrivain potentiel. 3. La mise en place d’un atelier d’écriture créative Dans cette troisième partie, nous témoignerons des expériences conduites dans le Département de Français Langue Étrangère de l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi. Les pistes pédagogiques que nous présenterons ont été proposées à des étudiants FLE des niveaux A2-B1. L’atelier réunissait une quinzaine d’étudiants et prévoyait un temps hebdomadaire d’1h30 pendant 12 semaines. Ce dispositif didactique avait comme objectif d’une part de familiariser les étudiants avec la littérature française et d’autre part de leur permettre d’expérimenter de nouvelles formes d’écriture. Notre réflexion didactique a pour postulat la nécessité de faire émerger le sujet-apprenant dans la situation d’apprentissage et plus particulièrement dans l’écriture. Étudier le silence dans la littérature découle du désir de trouver les espaces vides qu’offrent l’auteur et le texte et que l’on peut didactiser. C’est donc l’empreinte de cette énergie éloquente du silence qui nous permettait à chaque fois de choisir les passages et d’élaborer nos séances d’écriture créative. En considérant la lecture littéraire comme un tremplin vers l’écriture, la plupart des

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