AGAPES FRANCOPHONES 2017
L’écriture créative en FLE : le silence du texte littéraire la voix de l’apprenant _____________________________________________________________ 463 questions, ils formulaient leurs impressions, ils donnaient leurs avis et ils signalaient des lacunes. Ces moments leur permettaient de réfléchir ouvertement sur leurs textes, d’en discuter avec leurs camarades, de prendre du recul et d’apporter des améliorations et des remaniements à la première version. Résultats et conclusion Après l’accomplissement de l’atelier, nous avons mis en place un mini- entretien collectif afin de permettre aux étudiants d’exprimer leurs avis sur le déroulement de l’atelier et d’évaluer leur niveau de satisfaction. Pour la plupart des étudiants, l’atelier était une expérience très intéressante et enrichissante pour deux raisons principales. Ils ont d’abord expliqué que les activités proposées ont constitué pour eux une opportunité de donner libre cours à leur imagination et leur créativité. Ils ont apprécié le fait qu’ils avaient une plus grande liberté et autonomie par rapport aux autres cours. En effet, grâce à ce dispositif didactique, les apprenants ont pu acquérir une place mieux reconnue et devenir acteurs dans le processus d’élaboration du sens. Les silences les engageaient dans le processus interprétatif et instauraient le dialogue. Ensuite, ils ont constaté que cet atelier leur a permis d’améliorer leur niveau à l’écrit et, après quelques séances, de relativiser la peur de la « page blanche ». Comme les consignes que nous proposions étaient assez souples et que nos critères d’évaluation étaient centrés plutôt sur la créativité et l’originalité de leurs productions que sur leurs erreurs de langue, les étudiants prenaient progressivement plus de risques linguistiques. Or, le progrès des étudiants reste dans l’ensemble, vu le nombre limité des séances mises en place, difficilement observables. Néanmoins, certains progrès sont visibles, comme l’amélioration de la capacité des étudiants à s’exprimer à l’écrit. Les étudiants eux-mêmes ont d’ailleurs tous l’impression d’avoir progressé. Pour nous, en tant qu’enseignants, la première difficulté résidait dans le choix des passages ou des textes qui seraient capables de déclencher ou alimenter les activités d’écriture créative. Une autre difficulté que nous avons éprouvée était le choix du texte ou du passage qui correspondait le mieux au niveau linguistique de nos apprenants. Or, le texte était aussi sélectionné après l’identification d’un silence qui pourrait être exploité didactiquement mais aussi grâce à son caractère ouvert et sa subjectivité remarquable. Il s’agissait d’un texte qui suscitait un désir de continuation, de transformation, de déconstruction, d’adaptation ou de reprise de voix. Nous percevons peut-être mieux à présent de quelle manière un texte à caractère ouvert, ambigu, silencieux invite le lecteur à participer, à formuler des hypothèses, à l’interpréter à sa guise et à jouer avec lui. Notre ambition était de montrer la relation étroite entre la lecture et l’écriture littéraire et d’expliquer que ces activités constituent les deux faces de la même monnaie. Envisager le lecteur aussi bien comme un consommateur qu’un producteur de langage signifie envisager la littérature comme un champ d’action. Ce champ considère le lecteur non seulement comme un récepteur passif mais comme un lecteur créatif et il lui permet de partager et de transformer ses lectures tout en accédant à son monde intérieur. Enfin, nos expériences nous ont montré que l’exploitation du texte littéraire en classe de langue à travers des activités d’écriture créative est capable de donner aux étudiants l’opportunité de se familiariser avec la littérature de la
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