AGAPES FRANCOPHONES 2017

Le silence en évaluation orale : un silence bruissant, mais surtout éloquent _____________________________________________________________ 485 moi de votre famille. • Qu’est-ce que vous faites le soir ? • Qu’est-ce que vous faites le week-end ? • Quel sport est-ce que vous faites ? » Dans l’exemple suivant, nous essaierons de voir comment le décalage entre les critères de la grille fondés sur des énoncés simples et la libre formulation de l’enseignant peut entraîner le silence chez l’apprenant. Dans son effort de faire exécuter la tâche, l’enseignant pose des questions successives sur la même thématique, telle que les loisirs. Cette tactique rend le discours plus long que prévu par le règlement des examens d'autant que le silence s’installe après chaque question de l’enseignant : Enseignant : Qu’est-ce que [ton frère et toi] vous faites ensemble ? Comment est-ce que vous passez votre temps libre ensemble ? Silence. Élève : euh … Enseignant : Quels sont vos loisirs préférés ? Élève : Il préfère … euh … la natation. Enseignant : Est-ce qu’il y a d’autres activités, pas seulement sportives que vous faites ensemble ? Silence… L’apprenant voit de nouveau le sujet. Enseignant : Quand vous sortez, où est-ce que vous allez ? Silence… Enseignant : Par exemple, un samedi soir, vous sortez, où est-ce que vous allez ? Silence… Enseignant : Par exemple, vous préférez le cinéma, le théâtre … Élève : Ah !! … il préfère le cinéma (ou ils préfèrent le cinéma). Tout au long de ce dialogue, l’enseignant intervient six fois alors que l’apprenant ne répond que deux fois. Un déséquilibre entre le nombre de questions – réponses avec un taux d’interventions plus élevé pour l’enseignant, montre que contrairement aux objectifs de l’évaluation orale destinée à la prise de parole de l’apprenant, la matière évaluable est limitée. L’enseignant commence cette séquence en posant deux questions de manière successive dont la seconde constitue une reformulation avec l’ajout du syntagme nominal « temps libre ». Cependant, l’enseignant ne réussit pas à faire émettre une réponse et pour cette raison il pose de nouveau une question sur les « loisirs ». L’apprenant cite « la natation » comme activité préférée de son frère et l’enseignant insiste par la suite sur l’analyse du genre d’activités, ce qui dépasse les compétences acquises à ce niveau. Par rapport aux «autres activités, pas seulement sportives », à ce niveau l’apprenant ne peut pas comprendre le syntagme nominal «activités culturelles» et surtout l’adjectif indéfini « autres » et la locution « pas seulement ». C’est parce que le mot « autre », suggère un autre type d’activités, ici culturelles que l’enseignant va citer et proposer lui- même à la fin de cette séquence. Ainsi, tout au début, l’apprenant n’y répond pas tout en reconnaissant par la suite les mots « théâtre » ou « cinéma » dans le discours de l’enseignant. Ce n’est donc que quand l’enseignant essaie de définir la situation dans un cadre référentiel précis, tel que les sorties que l’apprenant y réagit positivement. En effet, la difficulté se situe dans la compréhension du syntagme nominal qui n’est pas courant au niveau A1 et même appartenant à un

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