AGAPES FRANCOPHONES 2017
Le silence en évaluation orale : un silence bruissant, mais surtout éloquent _____________________________________________________________ 489 Dans l’entretien dirigé ci-dessous, c’est l’expérience interculturelle de cet apprenant de 14 ans qui l’incite à s’exprimer en français bien que sa compétence linguistique pose problème : Enseignant : Tu es déjà allé en France ? Silence. Élève : Euh ? J’ai déjà allé en France ? Enseignant : Oui, si tu es déjà allé en France, si tu as déjà visité la France. Élève : Ah oui, oui, oui !! Cinq euh … Silence Enseignant : Cinq fois ? Élève : Cinq fois. Euh … Silence … Deux fois. Enseignant : « Tu as visité Paris ? Élève : Paris … Bretagne … Enseignant : Qu’est – ce que tu as aimé le plus ? Élève : Bretagne. Enseignant : Pourquoi ? Élève : C’est le temps. Le temps est … Silence. Enseignant : Agréable ? Élève : Agréable. Enseignant : Tu as fait des activités ? Élève : On a visité beaucoup de musées, des spectacles… Le spectacle, c’était la vie d’Hercule Poirot. C’est son vécu qui le motive à partager cette expérience avec l’«Autre», notamment le spectacle qu’il a vu sur la vie d’Hercule Poirot. L’apprenant se sentant motivé, il est aussi capable d’assurer le bon déroulement de la communication composée d’exemples de son voyage en France, ce qui l’aide à éviter la pause linguistique. En effet, sur la base de la Pyramide (schéma 3, annexes) se situe la matière linguistique que l’apprenant forme avec l’aide de l’enseignant alors que le contenu informationnel et notamment les exemples cités répondent aux tâches proposées. Le champ lexical invoqué par l’apprenant, « Paris », « Bretagne », « musées », « spectacles » renvoie à un contenu interculturel dû à l’expérience personnelle de l’apprenant et c’est ce qui assure la progression thématique de l’interaction. En ce qui concerne la familiarité, on peut prévoir que, puisque les mots étrangers nouveaux devront être interprétés à la lumière des connaissances existantes, les mots qui présentent un aspect familier seront plus facilement reconnus que les mots moins familiers. (Bogaards 1994, 151) Cette confiance en soi se fonde sur la connaissance de la culture de l’« Autre », ici, en raison de deux voyages que l’apprenant avait effectués avec sa famille. S’intéresser à l’écoute de l’autre et valoriser l’expérience culturelle permettent de faire sortir l’apprenant de la pause linguistique en le rassurant sur ces compétences en langue française. En même temps, la conscience de soi, le fait d’accepter l’aide de l’enseignant et de faire progresser l’interaction malgré les phrases elliptiques prouve que cette éducation informelle
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