AGAPES FRANCOPHONES 2017

_ ____________________________________________________________ 501 des fins subversives, politiques, « de mieux endoctriner les masses » (p. 29). Si la finalité est identique, les démarches pratiquées pour déshumaniser et manipuler le peuple restent pourtant distinctes : dans 1984, c’est l’appauvrissement de la langue qui est employé par le régime de l’«Angsoc » pour transformer la société; tandis que dans 2084 la manipulation des individus se réalise par un procédé langagier plus perfide, qui cherche à agir sur les pensées (une sorte de programmation neuro-linguistique des comportements des individus), à les anéantir, par le biais de la religion. Après les conférences, les éditeurs regroupent dans le volume des contributions qui abordent des œuvres françaises et francophones, soit sous l’angle de la critique, soit sous celui de la traduction littéraire. Pour ce qui est de l’espace francophone, on observe que les chercheurs s’intéressent, d’une part, à la création des écrivains roumains d’expression française comme Panaït Istrati et Emil Cioran, dont l’écriture révèle la situation de l’entre-deux-langues, de la problématique identitaire et de l’expérience de l’exil ;d’autre part, à la production littéraire des écrivains roumains comme Ion Creangă et Marin Preda, afin de mettre en évidence les relations intertextuelles ou de repérer les influences de la culture francophone qui peuvent nuancer l’interprétation des écrivains roumains en question. En outre, dans sa recherche portant sur Le sommeil de l’esclave, de l’auteur marocain Mahi Binebine, Irina-Roxana Georgescu explore non seulement les thèmes de l’esclavagisme et de la féminité, mais aussi le motif du miroir, les axes sur lesquels se développe ce roman qui évoque les ténèbres de la société traditionnelle marocaine. Quant à la littérature française, les œuvres des écrivains comme Gustave Flaubert, Blaise Pascal, Jean-Paul Sartre et François Rabelais font l’objet des études littéraires ou traductologiques. Denses et pertinentes. Dans une démarche à valences théoriques, Virgil Borcan recourt à la narratologie pour établir le caractère propre, récurrent, du poème en prose. En s’interrogeant sur les éléments poétiques constitutifs communs et sur le « noyau dur » (p. 72) des poèmes en prose, et en poursuivant un raisonnement déductif, il arrive à la conclusion que les œuvres aptes à être encadrées dans ce genre littéraire suivent le modèle de la « matrice absorbante-projective », concept proposé par l’auteur et expliqué à travers un fragment du Paysan de Paris de Louis Aragon. C’est l’article signé par Lelia Trocan qui a attiré particulièrement notre intérêt grâce à la sensibilité de l’auteure, à la justesse des observations sur les significations et les conséquences désastreuses du communisme et à la précision des renseignements méthodologiques données dans son étude autour des concepts d’« atrocitologie » (proposé par Matthew White) et de « résilience ». Issue d’une famille noble, dont les membres ont subi les persécutions politiques commises par le régime totalitaire, théoricien et critique littéraire, essayiste et romancier, professeur pendant quarante ans à la Faculté des Lettres de l’Université de Craïova, Lelia Trocan a publié plusieurs œuvres sur le thème du communisme roumain, parmi lesquelles le roman Les Années de plomb , paru en France, aux éditions L’Harmattan. L’auteure se penche sur l’importance capitale des récits traitant de victimes des régimes totalitaires et des atrocités de toute sorte dans une double perspective : de l’écrivain-rescapé qui doit témoigner des actes inhumains, car « le silence tue les victimes une seconde fois » (p. 126) et du

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