AGAPES FRANCOPHONES 2019
La comparaison temporelle dans le roman À son image de Jérôme Ferrari _____________________________________________________________ 123 notations où les passions humaines et les éléments de la nature dépeints dans les moindres détails s’enchevêtrent harmonieusement. 3. L’interaction entre les personnages du roman L’écrivain dépeint avec persévérance les personnages du roman. Pascal B. est celui qui dépucèle Antonia « un soir de juillet 1982 » (ASI, 41), lors d’une soirée plus banale que la jeune femme ne l’avait imaginée : « Il n’y avait eu ni beaucoup de douleur ni beaucoup de plaisir et pas du tout de sang » » (ASI, 41) ; plusieurs années plus tard « en juin 1999 » Antonia participe en tant que témoin à l’assassinat de son ancien partenaire. Pendant quelques instants elle garda espoir qu’il ait été vivant, mais, à son malheur, elle découvrit l’horrible réalité : « Il n’est pas mort, pensa encore Antonia, et elle leva les yeux et elle vit luire sur le comptoir les traces blanches de cervelle. Ce n’est pas la peine, s’entendit-elle dire au jeune homme qui, cette fois, se tourna vers elle. C’est terminé. » (ASI, 201). Dans sa douleur ressentie après cette parte, Antonia sera consolée par le partenaire qui avait succédé à Pascal, Simon T., dont il avait avorté l’enfant et qu’elle essayait encore de convaincre qu’elle avait fait le bon choix. Devant le dénouement tellement tragique de la vie d’Antonia, parsemée de catastrophes et de malheur, le prêtre parrain pensait à quel point il lui était difficile d’enterrer quelqu’un « qu’il avait connu enfant » (ASI, 198). La fin du roman lui appartient : enlaçant le frère d’Antonia, Marc-Aurèle, son neveu, il imagine les instants de la dernière rencontre entre Antonia et Dragan sur la plage de Calvi. Le rapprochement effectué entre le corps mort d’Antonia et son corps vivant est fait a dissimili , selon des différences importantes qui créent des oppositions. Au baptême « le prêtre ne s’intéressait pas au rituel « (ASI, 15), parce qu’il ne connaissait pas encore sa vocation religieuse. Antonia avait participé à l’ordination de son oncle comme prêtre et à cause de ce passé commun très intense le prêtre avait du mal à célébrer la cérémonie d’enterrement et il n’y avait cédé que sur les instances de sa sœur, la mère d’Antonia (ASI, 26). Le corps d’Antonia est comparé à celui de sa grand-mère, les deux étant déposés dans le même lieu à une distance de presque trente ans : « ses parents ne lui avaient pas permis de rentrer dans la chambre où reposait la vieille, le visage définitivement figé dans l’expression douloureuse qu’elle avait arborée toute sa vie, sur le lit où Antonia serait exposée à son tour en août 2003. » (ASI, 65-66).
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