AGAPES FRANCOPHONES 2019
Natalia PARTYKOWSKA Université d’Opole, Pologne _____________________________________________________________ 206 scandale et attirer, par conséquence, l’attention d’un public plus large (il faut se rappeler que Colette écrivait alors sous la dictée de son mari, qui voulait que le livre évoque l’excitation et se vende bien). Claudines devaient présenter la féminité émancipée, à la mode dans l’entre-deux-guerres. Mais la sublime société française de l’époque ne pouvait l’accepter que sous la forme d’un fantasme sexuel, une tendance inoffensive qui ne menaçait pas la domination masculine. Dans ses œuvres, Colette remet en question la division traditionnelle entre les sexes. Elle a attiré l’attention sur les traits masculins chez les femmes et les traits féminins chez les hommes. Cependant, elle ne s’est jamais déclarée homosexuelle ou transsexuelle, malgré ses relations d’amitié avec les femmes et malgré le port de vêtements d’homme. « Pisarka dostrzega u siebie pewien hermafrodytyzm umysłowy » 10 (Ledwina, Sidonie Gabrielle Colette.. ., 68), ce qui lui a permis de faire des observations qui dépassaient les limites de son propre sexe. Colette voulait briser les conventions traditionnelles liées au genre plutôt que de définir sa propre sexualité, ce qui a contribué à la perception de son travail comme scandaleux. Colette a écrit honnêtement en se basant sur ses propres expériences et sur celles de personnes qu’elle connaissait. Pour elle, le plus important était la manifestation de sa propre indépendance en tant que femme et artiste. L’autofiction chez Anaïs Nin Anaïs Nin a commencé à écrire son journal en secret, étant la seule destinataire du contenu, dans le but de créer une réalité alternative, idéalisée, centrée sur des expériences internes, mais fortement autocensurée. Le premier journal était en fait une lettre au père de Nin, qui a abandonné la famille. Un père dont l’absence a causé l’anxiété de la petite fille qui voulait le faire revenir en lui écrivant le journal. Dans les années 1930, sous l’influence d’Henry Miller, Anaïs commence à réfléchir à la publication de ses textes et à en modifier de plus en plus le contenu. Elle a changé non seulement la description de ses sentiments, mais aussi les détails des événements. Jeune femme mariée qui voulait remplir le mieux possible son rôle d’épouse fidèle, pleine de réserve et de peur de sa propre sexualité, Anaïs a écrit ses idées les plus secrètes sous forme 10 L’écrivaine voit en elle-même un certain hermaphrodisme mental. » (Notre traduction)
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