AGAPES FRANCOPHONES 2019

Comparaison des motifs autobiographiques dans l’œuvre de Anaïs Nin et de Sidonie-Gabrielle Colette _____________________________________________________________ 205 entrent souvent dans la catégorie des écrits homo-érotiques. Les textes les plus honnêtes traitant de ce sujet sont ceux de la collection Le pur, l’impur, que Colette considérait comme son meilleur livre. Elle y utilise le style du récit, des souvenirs et des anecdotes pour donner une image des relations amoureuses au sein de son cercle social et pour présenter ses propres expériences et réflexions. Colette sépare clairement l’amour physique et l’amour spirituel, brise les stéréotypes et critique le manque d’authenticité dans la déclaration visant l’orientation sexuelle. À belle époque, l’homosexualité était souvent traitée comme un plaisir nouveau et exotique, à la mode dans la bohème artistique, mais aussi dans les milieux de la classe bourgeoise. Les femmes âgées s’occupaient des femmes plus jeunes, les soutenaient financièrement et étaient leurs guides dans le monde de Lesbos . Colette décrit le premier comme : Baronnes d’empire, chanoinesses, cousines de tsars, filles naturelles de grands-ducs, fines bourgeoises de Paris ; – vieilles écuyères nées dans l’aristocratie autrichienne, l’œil et la main d’acier... Certaines couvaient, dans une ombre protectrice et jalouse, des femmes plus jeunes qu’elles, des ingénues savantes, l’avant-dernière demi-mondaine authentique de l’époque, quelque étoile de music-hall... ( Le pur, l’impur , 29). Dans les écrits de Colette, cependant, on peut découvrir une ambivalence à l’égard de l’homosexualité. Par exemple, elle était défavorable aux lesbiennes qui essayaient d’être aussi masculines que possible : « Tu comprends, une femme qui reste une femme, c’est un être complet. Il ne lui manque rien, même auprès de son “amie”. Mais si elle se met en tête de vouloir être un homme, elle est grotesque. Qu’est-ce qu’il y a de plus ridicule, et de plus triste, qu’un homme… simulé ? » ( Le pur, l’impur ,41).On peut aussi avoir des doutes sur l’orientation sexuelle de Colette. Il semblerait qu’elle aimait simplement la communauté féminine, à laquelle aucun phénomène masculin n’avait accès - moralisation, prétentions, agressivité (Benstock, 87). « Pour Colette (...) un homme a identifié l’aliénation, l’isolement, la jalousie, la souffrance, la servitude et l’aliénation émotionnelle suivantes : la femme signifie relation, contact, fidélité, indépendance et ordre émotionnel. » 9 Les romans sur Claudine prouvent aussi que Colette n’était pas si profondément dévouée à l’amour saphique. Les motifs homo-érotiques ont été placés ici plutôt pour provoquer un 9 M. Sarde, Colette , cité après Benstock, p.85.

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