AGAPES FRANCOPHONES 2019

Comparaison des motifs autobiographiques dans l’œuvre de Anaïs Nin et de Sidonie-Gabrielle Colette _____________________________________________________________ 213 littérature spécialisés dans l’écriture autobiographique, nous avons essayé de présenter divers exemples et motifs de l’interpénétration de la réalité et de la fiction. Colette a lutté toute sa vie pour ne pas être identifiée avec Claudine, car elle n’a jamais vraiment été elle-même. Tentant à plusieurs reprises de marquer sa propre individualité, elle redéfinit indirectement la notion d’ autobiographie et de roman autobiographique . Elle a également scandalisé son temps, car elle n’avait pas peur de remettre en question les concepts traditionnels du genre et, par sa propre vie et son art, d’esquiver les conventions basées sur le patriarcat. Dès le début, elle a eu un grand exemple en sa mère, dont la figure impressionne par sa multi-dimensionnalité. Personne-clé dans la vie de l’écrivaine, Sido a eu une influence sur sa vie et sa personnalité. Les plus proches de la vérité de la vie sont ses livres consacrés à l’enfance et à la mère, bien que nous ne sachions pas dans quelle mesure ils contiennent un élément d’idéalisation de la jeunesse idyllique au milieu de la nature. On sait qu’avec ses textes, Colette a tenté de rétablir le lien entre elle et sa mère bien après la mort de Sido. L’aspect pratique ne doit pas non plus être négligé − avec le temps, les souvenirs s’estompent ou l’esprit crée ses propres versions, qui sont difficiles à vérifier. Anaïs Nin a réécrit son journal intime à plusieurs reprises, changeant des détails, des mots, et même des situations entières. Le contenu des journaux intimes peut également être trouvé dans des fragments de récits et de romans. Toute l’œuvre de Nin peut être comparée à un collage à plusieurs couches, où les fragments sont répétés et mélangés ; ils sont leurs propres reflets ou leurs contraires. L’auteure a également utilisé des nombreux alter egos pour cacher la nature autobiographique de sa fiction. Ses motifs étaient variés : peur que son mari ne découvre pas les amants, autocensure de la publication, mais surtout traitement de sa propre vie comme un art, où chaque acte doit être une fête esthétique. Nin veut être honnête, mais d’un autre côté, dans ses journaux intimes et ses romans elle crée des réalités alternatives, qui imitent sa vie personnelle, mais qui sont déformées. Cependant, nous ne pouvons certainement pas décrire la création autobiographique comme un miroir. Il est risqué de déclarer qu’il est possible de créer dans la littérature une représentation exacte de la vie, voire de sa propre vie. La question de la mémoire et de la perception subjective est indissociable à

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