AGAPES FRANCOPHONES 2019

Le vers régulier français : avant et après la « crise de vers » Ildikó SZILÁGYI Université de Debrecen, Hongrie Résumé. Cet article propose de comparer le vers régulier français avant et après la « crise de vers ». Il s’interroge également sur les raisons esthétiques et symboliques qui poussent des poètes très différents à pratiquer le vers régulier au milieu ou à la fin du XX e siècle. Le vers libre de Paul Éluard et de Jacques Prévert s’inscrit d’une manière constitutive dans la tradition métrique. Jules Supervielle, Robert Desnos, Louis Aragon, Jacques Réda, William Cliff écrivent en vers réguliers à un moment donné de leur parcours poétique. Leur vers régulier peut suivre de près les règles de la versification classique, mais beaucoup plus souvent il s’en écarte sur certains points. Leur pratique du vers régulier peut résulter d’un engagement politique, elle correspond parfois à une intention ludique, voire à une provocation. Les poètes évoqués voient également dans ce choix formel un défi et un lieu de réflexion théorique. Abstract. This paper compares the regular verse in French poetry before and after the “verse crisis” (Mallarmé). Moreover, it analyses the return of several twentieth- century French poets to traditional versification (Jules Supervielle, Robert Desnos, Louis Aragon, Jacques Réda,William Cliff),or the presence of metrical tradition in their free verse (Paul Éluard, Jacques Prévert). A particular attention is called to the historical and symbolic reasons of these metrical choices. The practice of regular verse can be the result of a political engagement, an ironic intention, a provocation, a technical challenge, and a theoretical reflexion. Mots-clés : poésie française, XX e siècle, vers régulier, vers libre, tradition métrique. Keywords: French poetry, 20th century, regular verse, free verse, metrical tradition. Introduction La dominance de la versification française classique prend fin au dernier tiers du XIX e siècle. À un système strictement codifié se substitue alors un autre, libre par principe de toute contrainte. Cette « crise de vers », « exquise » et « fondamentale » (Mallarmé 2003, 247), signifie non seulement une crise formelle (métrique), mais aussi une crise de la poésie. « On assiste, comme finale d’un siècle […] à des bouleversements », déclare Mallarmé (2003, 248) en évoquant « la lassitude par abus de la cadence nationale » (2003, 251), c’est-à-dire la dissolution de l’alexandrin, tout comme l’invention du vers libre « polymorphe » (2003, 251). Le vers libre,

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