AGAPES FRANCOPHONES 2019

Ildikó SZILÁGYI Université de Debrecen, Hongrie _____________________________________________________________ 228 présenté dès son apparition comme une libération, « une haute liberté d’acquise » (Mallarmé 2003, 252), dominera l’écriture poétique pendant toute la période surréaliste et restera tout au long du XX e siècle, sans devenir exclusive, la forme privilégiée de la poésie française. Dans ce contexte, il est intéressant de constater que de nombreux poètes contemporains retournent au vers régulier. Le fait d’écrire des vers mesurés et rimés au milieu ou à la fin du XX e siècle (voire au début du XXI e ) est fortement significatif : cela marque une prise de position, ayant des enjeux esthétiques et symboliques. La comparaison du vers régulier français avant et après la « crise de vers » permet de relever, outre quelques modifications formelles, des différences fondamentales dans les intentions poétiques. 1. Problématique Il est indéniable que la pratique du vers régulier ne disparaît pas complètement après « la crise de vers ». On cite le plus souvent l’exemple de Paul Valéry, écrivant en « vers classiques jusqu’à ses derniers jours » (Leuwers 1990, 151). Il est aussi vrai que le vers régulier n’a jamais cessé de dominer les poèmes pour enfants et les paroles de chansons, tout comme les poèmes des versificateurs amateurs identifiant la poésie avec le compte des syllabes et les rimes. Pourtant, la pratique du vers régulier au XX e siècle, même dans une position marginale, ne manque pas de poser de sérieux problèmes. Il est très révélateur que l’adjectif du vers traditionnel : « régulier » ( vers réguliers / vers irréguliers ) signifie non seulement « qui se répète à intervalles de temps égaux », il désigne aussi bien « qui se conforme à une règle », à une norme, donc qui est exempt de fautes (Backès 1974, 21). C’est sous cette forme normative que la métrique a été transmise à travers la période de la versification classique (XVI-XIX e siècles). Ayant perdu tout caractère obligatoire, l’identification des éléments traditionnels n’est plus possible dans un contexte libre que par comparaison, par référence culturelle au modèle classique. Pendant des siècles, la versification avec toutes ses conventions, était « spontanément et immédiatement sensible sans ambiguïté au lecteur contemporain visé » (Cornulier 2001, 493). Cette « univocité

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