AGAPES FRANCOPHONES 2019

Catherine FUCHS Université Sorbonne Nouvelle -Paris 3, Sorbonne Paris Cité _____________________________________________________________ 38 peut se faire que si les deux éléments sont comparables, c’est-à-dire s’il existe un terrain commun sur lequel rechercher les ressemblances et les différences : c’est ce que l’on appelle le tertium comparationis , le « troisième terme » de la comparaison. Ce soubassement commun est le garant de la comparabilité : chercher à comparer un objet vert et un objet rond n’aurait aucun sens, alors qu’il est possible de comparer un objet vert et un objet rouge, ou un objet rond et un objet carré (du fait qu’ils ont en commun la propriété d’avoir une couleur ou une forme). La comparaison est donc une opération complexe, qui met en jeu des processus cognitifs élaborés participant de la catégorisation. Pour décrire un énoncé comparatif, les linguistes font appel aux notions suivantes : les deux éléments que l’on confronte sont appelés les ‘comparandes’, à savoir, respectivement le ‘comparé’ et le ‘comparant’ (dit aussi ‘standard’ ou ‘échantil’ de la comparaison, qui sert de repère pour établir la relation de comparaison) ; et la propriété commune qui permet de les comparer est appelée le ‘paramètre’. A ces trois constituants, nécessairement présents pour qu’il puisse y avoir un énoncé comparatif, peuvent s’ajouter, selon les cas, deux autres termes, dénommés respectivement ‘marqueur du paramètre’ et ‘marqueur du standard’ (voir paragraphe suivant). Dans la présente contribution, c’est cette terminologie linguistique qui sera adoptée, et non celle de la tradition rhétorique qui, pour traiter la comparaison figurative et ses liens avec la métaphore, appelle ‘thème’ le ‘comparé’ et ‘phore’ le ‘comparant’. 2. La comparaison quantitative d’(in)égalité En français, le schéma grammatical canonique pour marquer l’inégalité ( Pierre mange plus que Paul, Pierre est plus grand que Paul ) ou l’égalité ( Pierre mange autant que Paul, Pierre est aussi grand que Paul ) met en jeu, outre les deux comparandes (désignés ici par les deux noms Pierre et Paul ) et le paramètre (désigné ici par le prédicat verbal manger ou le prédicat adjectival être-grand , c’est-à- dire la propriété grandeur ), deux types de termes grammaticaux : plus, autant, aussi , dits ‘marqueurs du paramètre’, qui expriment la différence ou l’identité quantitative portant sur la propriété commune ( manger ou grandeur ) ; et que , dit ‘marqueur du standard’, qui introduit la subordonnée (réduite ici au nom désignant le standard : Paul ).

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