AGAPES FRANCOPHONES 2019
La Comparaison : une catégorie linguistique multiforme _____________________________________________________________ 39 Les énoncés correspondants pourraient être glosés ainsi : « quelle que soit la quantité que mange Paul, la quantité que Pierre mange est supérieure (ou égale) », « quelle que soit la grandeur de Paul, la grandeur de Pierre est supérieure (ou égale) ». Rappelons qu’il n’existe que deux sortes de comparaison quantitative : l’inégalité et l’égalité. Ce que l’on appelle traditionnellement la supériorité et l’infériorité ne sont que les deux formes converses d’expression de l’inégalité ( Pierre est plus grand que Paul = Paul est moins grand que Pierre ) : sur ce point, voir (Rivara, 1990 et 1995). Le schéma qui vient d’être rappelé est celui que la langue française a ‘grammaticalisé’ : c’est celui qui se trouve mentionné dans toutes les grammaires du français au chapitre de la comparaison d’(in)égalité. Ce schéma fait appel à l’inventaire total des marqueurs possibles de comparaison : deux comparandes ( Pierre et Paul ), un paramètre ( manger ou grandeur ), un marqueur du paramètre ( plus, autant ou aussi ) et un marqueur du standard ( que ). Il correspond à la forme la plus complexe d’expression de la mesure relative d’une propriété associée à deux entités ou à deux situations. Mais ce schéma est loin d’être le seul possible : ce n’est que l’un des schémas retenus par les langues du monde pour exprimer l’(in)égalité. Il n’existe pas, en effet, de schéma unique auquel toutes les langues recoureraient pour construire une comparaison quantitative. Comme le remarque (Heine, 1997), pour comprendre la grammaire des constructions comparatives, il faut, non pas chercher une structure universelle uniforme, mais s’intéresser à la gamme complète des sources conceptuelles possibles où viennent puiser les langues. Tel est précisément l’objectif des typologues. Les travaux typologiques de référence sur la comparaison, sur lesquels s’appuie la présente étude, sont ceux de (Stassen, 1985) (qui a étudié l’inégalité dans 110 langues différentes), de (Haspelmath & Buchholz, 1998) (qui ont examiné les constructions d’égalité dans 47 langues européennes et non-européennes), et de (Henkelmann, 2006) (qui s’est penché sur les constructions d’égalité dans 25 langues différentes du monde). Les résultats de ces travaux peuvent être schématiquement résumés comme suit. D’une part, les langues du monde présentent une très grande variété de constructions de surface pour exprimer l’(in)égalité, mais cette diversité peut être ramenée à un ensemble fini de schémas sous-jacents correspondant à des modes différents de représentation sémantique. D’autre part, la plupart des expressions linguistiques utilisées participent, non seulement
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