AGAPES FRANCOPHONES 2019
Catherine FUCHS Université Sorbonne Nouvelle -Paris 3, Sorbonne Paris Cité _____________________________________________________________ 40 de la comparaison, mais aussi d’autres catégories (comme par exemple la modalité, le mouvement, la position dans l’espace, etc.) : autrement dit, elles ne sont pas spécifiques à la comparaison. On remarque également que de nombreuses langues ne font pas appel à des termes spécifiques de degré (comme le marqueur du paramètre plus ou autant ), mais expriment la différence ou l’identité quantitative en recourant à d’autres moyens. La perspective de linguistique générale adoptée par les typologues oblige à opérer un décentrement salutaire par rapport aux langues de grande diffusion (que l’on réduit souvent, à tort, à leur seul schéma grammatical canonique) et permet d’apporter un éclairage nouveau sur la diversité des moyens d’expression de la comparaison, y compris dans des langues comme le français ou l’anglais. En adoptant cette perspective, on remarque en effet qu’en français, à côté du schéma grammaticalisé présenté plus haut, d’autres procédés sont également disponibles, qui correspondent peu ou prou à des schémas que d’autres langues ont, pour leur part, sélectionnés comme leur construction grammaticale canonique. C’est ce que nous allons voir à présent, à la suite de (Fuchs, 2014, Chapitre I : 25-37). 2.1. Le schéma paratactique Certaines langues expriment l’(in)égalité à l’aide de schémas paratactiques (c’est-à-dire comportant deux relations juxtaposées), qui consistent à prédiquer successivement la propriété commune à propos de chacun des deux comparandes : l’inégalité se construit alors en prédiquant positivement la propriété à propos du comparé et négativement à propos du standard ( Pierre est grand, Paul n’est pas grand ) et l’égalité en la prédiquant positivement à propos des deux ( Pierre est grand, Paul est grand ). La comparaison ne recourt ainsi à aucun marquage spécifique : il n’y a pas de degrés (pas de marqueur du paramètre), et pas non plus de marqueur introduisant le standard ; la relation entre les entités s’établit simplement par la juxtaposition des deux assertions (opposées ou congruentes). En français, il est tout à fait possible de construire une inégalité de la sorte, en juxtaposant deux prédications de sens contraire. Il peut s’agir de l’affirmation vs. la négation ( Pierre est grand, mais Paul n’est pas grand ), ou bien de deux termes dits ‘de polarité opposée’ ( Pierre est grand, alors que Paul est petit ). Ainsi,
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