AGAPES FRANCOPHONES 2019

La Comparaison : une catégorie linguistique multiforme _____________________________________________________________ 41 seule l’une des deux entités est dite vérifier la propriété en positif. Comme le remarque (Benveniste, 1975 [1948] : 126) : L’expression de la comparaison n’a nul besoin d’une forme spécifique de “comparatif”. Comparer deux objets est une opération mentale dont se montrent capables tous les hommes […], et cette opération ne requiert pas de forme linguistique spéciale. Il suffit d’énoncer successivement deux objets en leur donnant des prédicats de sens contraire pour que la comparaison soit effectuée. L’inégalité ainsi construite participe d’une approche « différenciatrice » de la comparaison : parmi les autres entités de même nature, une entité est identifiée à l’aide d’une propriété distinctive. Ainsi, dans un univers de discours restreint à deux entités Pierre et Paul , il est possible de désigner Pierre comme le grand des deux (de même que l’on dit C’est lui le chanceux des deux pour signifier qu’il a plus de chance que l’autre). Le schéma oppositif instaure une inégalité, dans la mesure où la propriété ( grandeur, chance ) implique par elle-même une gradation (on est plus ou moins grand , on a plus ou moins de chance ) : Des oppositions du genre petit/grand […] nous donnent le sentiment trompeur de valeurs absolues dans le domaine quantitatif comparables à des oppositions qualitatives comme rouge/vert dans le domaine de la perception des couleurs. Pourtant ce sentiment est une illusion due en grande partie au fait linguistique que la gradation, implicite dans ces termes, n’est pas formellement indiquée. (Sapir, 1968 [1944] : 208). C’est ainsi par exemple que l’on a pu entendre de la bouche d’une petite fille de deux ans et demi, qui parlait de deux bouteilles posées sur une table, inégalement remplies : Celle-là elle en a beaucoup, mais l’autre elle en a pas beaucoup ; à l’évidence, elle comparait le niveau inégal de remplissage des deux bouteilles ! Le français peut également construire une égalité à l’aide d’un schéma paratactique (sans marquer explicitement une identité de degré), en juxtaposant simplement deux prédications positives : Pierre est intelligent et Paul l’est aussi ou Pierre a beaucoup de chance mais Paul en a également beaucoup. 2.2. Le schéma localisant D’autres langues expriment l’(in)égalité à l’aide d’une schéma ‘localisant’ : elles ne prédiquent le paramètre qu’à propos du comparé ( Pierre est grand , c’est-à-dire Pierre a une certaine

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