AGAPES FRANCOPHONES 2019

Comparaison de l’art de deux peintres de la « nature silencieuse » du XVII e siècle : Sébastien Stoskopff et Louise Moillon _____________________________________________________________ 93 Comparaison de la manière de peindre de deux « peintres de la réalité » Les différences majeures entre les tableaux des deux artistes sont à rechercher moins dans leurs sujets – qui coïncident partiellement – que dans leur touche. C’est leur manière de peindre qui peut donc aider à distinguer leurs œuvres, même celles qui ne portent pas de signature. Du point de vue de leur style, il s’agit de deux artistes, rangés par la littérature critique aux « peintres de la réalité », qui ont exécuté des natures mortes de type nordique ou archaïque (Faré, 5). En comparant leurs œuvres, on est frappé par leurs ressemblances : elles se caractérisent avant tout par la clarté et la simplicité de la composition. La cause en est que l’art de ces peintres était influencé par celui des artistes du Nord, ce qui n’est guère surprenant, dès que l’on considère le contact des « maîtres de la réalité » avec les artistes flamands et, dans le cas de l’alsacien Stoskopff, également le fait que de par sa culture artistique, il appartenait aussi à la tradition allemande. La nature morte nordique se reconnaît par l’isolement des objets, l’éclairage latéral uniforme devant un fond sombre et les détails minutieusement exécutés. De fait, cette influence marquait davantage les peintres français que celle de la nature morte italienne, caractérisée par une certaine « noblesse » de style : une composition monumentale et dynamique, ainsi que les effets de lumière dramatiques. Sur les tableaux de Stoskopff et de Louise Moillon représentant des fruits, on retrouve la vision frontale, le plan horizontal et fond sombre. Cependant, leurs compositions se démarquent de celles de l’École du Nord par un plus grand dépouillement : elles montrent plus de rigueur dans la disposition des objets, un espace plus équilibré, une gamme chromatique plus réservée et, surtout, elles évitent les connotations allégoriques trop évidentes (Boudon-Duaner, 67). À ces caractéristiques s’ajoute encore une sensualité intense : leurs fruits appétissants séduisent les yeux du spectateur. Pour illustrer la mise en œuvre de ces principes généraux, nous allons comparer deux types de compositions, des natures mortes aux fruits d’abord (la Jatte de fraises de Stoskopff et la Coupe de cerises, prunes et melon de Louise Moillon) et des scènes avec des figures ensuite 7 . 7 Sébastien Stoskopff, Jatte de fraises, vers 1620, Strasbourg, Musée de l’Œuvre

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