AGAPES FRANCOPHONES 2019
Katalin BARTHA-KOVÁCS Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 92 En revanche, l’activité de Stoskopff s’étendait sur plusieurs décennies et elle ne se rattachait pas à une seule ville, même si la période parisienne jouait un rôle déterminant dans sa carrière. Ce peintre alsacien, né à Strasbourg, s’est notamment installé à Paris pour une vingtaine d’années – d’abord entre 1622 et 1629, ensuite de 1630 à 1641 –, séjour qui n’était interrompu, selon le témoignage de Sandrart, que par un voyage en Italie (à Venise) en 1629 5 . Pendant son séjour parisien, il avait des contacts artistiques avec les peintres français de son temps dont Lubin Baugin, Jacques Linard et Louise Moillon. Ces peintres protestants (Stoskopff était de confession luthérienne et Louise Moillon était calviniste), habitant au quartier de Saint-Germain-des-Prés, formaient une communauté qui accueillait aussi beaucoup d’artistes flamands. Ils étaient sous la protection de l’abbaye et avaient alors la liberté de vendre leurs tableaux aux amateurs, sans être contrôlés par la corporation des maîtres peintres parisiens (Alsina, 28-36) 6 . À cause des échanges artistiques intenses entre les peintres de la communauté du quartier de Saint-Germain-des-Prés, leurs tableaux montrent souvent des similitudes concernant le répertoire de leurs objets ainsi que leur manière d’exécution. Parmi les sujets chers à ces artistes, on retrouve des éléments des allégories moralisantes (des livres, des instruments de musique, des crânes et d’autres symboles de vanité) mais aussi des fruits et des fleurs. Les Vanités appartiennent également aux sujets privilégiés des peintres protestants de l’époque baroque : elles mettent en scène des objets emblématiques qui renvoient à la futilité de toutes choses terrestres. Semblablement à Linard ou Baugin, Stoskopff a réalisé de très belles Vanités, alors que Louise Moillon s’est bornée à la représentation des fruits et des légumes auxquels s’ajoutent parfois des personnages humains. Par la suite, nous nous concentrerons sur la recherche des traits de style qui permettent de distinguer les œuvres de Louise Moillon et de Sébastien Stoskopff mettant en scène un semblable répertoire d’objets. 5 Ses tableaux étant prisés par les amateurs, Stoskopff a passé les dernières décennies de sa vie sous la protection du comte Jean de Nassau-Idstein, devenu son principal mécène. 6 Dans la première moitié du XVII e siècle, beaucoup de peintres de natures mortes – dont le père ou le beau-père de Louise Moillon – étaient en même temps marchands d’art, commerce qui sera interdit par l’Académie réformée (Coatalem, 21).
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