AGAPES FRANCOPHONES 2019

Comparaison de l’art de deux peintres de la « nature silencieuse » du XVII e siècle : Sébastien Stoskopff et Louise Moillon _____________________________________________________________ 91 Contextes artistiques : deux peintres à Paris Bien que l’analyse stylistique des tableaux ne requière pas nécessairement la connaissance de la vie de leurs auteurs, l’évocation de quelques éléments biographiques aidera à expliquer le choix de sujets de Sébastien Stoskopff et de Louise Moillon. Lors d’une telle enquête, les sources écrites peuvent certainement être d’une grande utilité. Dans le cas de Louise Moillon, on n’en possède pourtant guère, à l’exception de l’évocation d’un tableau imaginaire réalisé par trois peintres de nature morte qui figure dans le Cabinet de M. Scudéry et où son nom est mentionné ensemble avec ceux de Pierre Boucle et de Jacques Linard 3 . L’activité de Stoskopff est mieux documentée, grâce à la Teutsche Akademie de Sandrart : c’est de ce peintre que son biographe reçoit les premières impulsions artistiques qui l’orienteront vers la peinture (Sandrart). Dire que la carrière artistique de Sébastien Stoskopff et de Louise Moillon est liée à la première moitié du XVII e siècle et à la ville de Paris – plus précisément au quartier de Saint-Germain-des-Prés – est sans doute vrai, même si c’est une affirmation généralisante qui nécessite des précisions. Quant à la période d’activité de Louise Moillon, elle était relativement courte, ne comprenant qu’une douzaine d’années (de 1629 à 1641). Après son mariage avec le commerçant de bois Étienne Girardot en 1640, l’artiste arrête de peindre, sans que l’on en connaisse les causes exactes. L’étrange contrat conclu entre la jeune Louise Moillon et le second mari de sa mère, François Garnier joue sans doute un grand rôle dans cet abandon d’activité. De fait, c’est son beau-père qui achève l’éducation artistique de Louise Moillon en l’orientant vers la représentation de la nature inanimée et qui signe, en 1620, un contrat avec l’artiste alors enfant de dix ans, selon lequel il aura le droit de prélever la moitié du produit de vente des tableaux futurs de celle-ci 4 . En tout cas, la carrière artistique de Louise Moillon est liée à cette courte période et à la ville de Paris qu’elle n’a probablement pas quittée. 3 « Un grand tableau de fruits et de fleurs fait par Vanboucle, Linard & Louise Moillon : Celuy qui trompoit les oyseaux, // S’il vivoit au siècle où nous sommes, // verroit effacer ses tableaux, // Par trois mains qui trompent les hommes. » Scudéry, 150. Voir à ce propos Salvi, 21 et Latry. 4 Les causes de l’abandon de la peinture par Louise Moillon sont à rechercher dans les incommodités impliquées par ce contrat, auxquelles s’ajoute probablement l’aisance matérielle assurée par le mariage de l’artiste (Coutin et Du Mesnil, 17).

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