AGAPES FRANCOPHONES 2019
Katalin BARTHA-KOVÁCS Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 90 montrer sur sa toile la nature visible, alors que le peintre des êtres vivants (et surtout humains) fait appel à son imagination. Le mot « vivant » opposé aux « choses mortes » renvoie au fait que la hiérarchie des genres picturaux valorise le caractère animé du sujet. Le passage qui précède la formulation du principe hiérarchique est pourtant également révélateur : Félibien y parle notamment de « toutes sortes de manières de représenter les corps qui sont dans la nature » (Félibien, 50), formule qui pose l’existence de différentes modes d’imitation, dont aussi celui qui convient à la représentation des objets inanimés. Si la littérature critique a tendance à surestimer le rôle de la hiérarchie des genres picturaux, on doit préciser que le principe hiérarchique n’était pertinent que dans le contexte académique qui a donné naissance au discours sur l’art français. Bien que de ce point de vue, la période d’activité de Sébastien Stoskopff et de Louise Moillon se situe dans une époque pré-théorique, la Préface de Félibien contribue, rétrospectivement, à la meilleure compréhension du contexte artistique de la première moitié du XVII e siècle. Il importe également de noter que le goût des collectionneurs de l’époque classique ne correspondait guère aux principes déterminés par cette hiérarchie. De nombreux commanditaires appréciaient notamment les tableaux des peintres spécialisés dans la représentation des sujets « mineurs » dont ceux de la nature inanimée 2 . De telles compositions correspondaient au goût d’une nouvelle clientèle, d’origine bourgeoise, qui achetait des tableaux de dimensions plus modestes pour décorer son intérieur. Parmi les nombreux artistes, souvent anonymes, qui se sont spécialisés dans la représentation des sujets inanimés, Louise Moillon et Sébastien Stoskopff se sont fait un nom qu’ils ont inscrit dans l’histoire de l’art, même si leur redécouverte au grand public était relativement tardive. De fait, elle date de l’exposition de 1934, intitulée Les Peintres de la réalité en France au XVII e siècle , organisée par Charles Sterling et Paul Jamot au musée de l’Orangerie de Paris. Avant de nous pencher sur la comparaison de l’art de ces deux peintres pour tâcher d’y découvrir les marques distinctives de leur touche, nous trouvons utile de présenter le contexte artistique où leur peinture s’est déployée. 2 Daniel Arasse conçoit la hiérarchie des sujets de Félibien comme une réaction des peintres académiciens face à la popularité des tableaux régnant sur le marché artistique dans la première moitié du XVII e siècle (Arasse, 39).
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