AGAPES FRANCOPHONES 2019
Comparaison de l’art de deux peintres de la « nature silencieuse » du XVII e siècle : Sébastien Stoskopff et Louise Moillon _____________________________________________________________ 89 cette terminologie, nous trouvons intéressant de noter que le peintre baroque et écrivain d’art Joachim von Sandrart – auteur de la première Vie d’artistes de langue allemande, la Teutsche Academie de 1675 – utilise l’expression « choses immobiles » (still-stehende Sachen) en parlant des tableaux de Sébastien Stoskopff. Le XVII e siècle a en effet connu plusieurs tentatives éphémères pour introduire en français un sens proche de celui de la formule « nature silencieuse », dont sa traduction littérale, la « vie silencieuse » ou encore la « vie coye » 1 . Quant aux tableaux que l’on rangerait aujourd’hui parmi les natures mortes, les catalogues d’expositions des premiers Salons les désignent en général par les noms des objets figurant dans la composition concrète. L’hésitation terminologique concernant le genre des œuvres qui mettent en scène des objets immobiles marque encore la première moitié du XVIII e siècle, comme l’atteste la réception de Jean-Siméon Chardin à l’Académie, en 1728, dans la catégorie la plus modeste, celle des « peintres dans le talent des animaux et des fruits » (Démoris, 12 et Iván-Szűr). La dévalorisation théorique de la peinture des objets inanimés remonte à 1667, à la Préface des Conférences de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, écrite par l’historiographe du roi et de ses bâtiments, André Félibien. C’est dans ce texte que se trouve énoncé le principe de la hiérarchie des genres picturaux, ayant déterminé l’appréciation des tableaux aux siècles classiques. Dans cette Préface , Félibien range les artistes selon les sujets dont ils s’occupent : ce faisant, il recourt à des comparaisons. L’ordre des comparaisons part de la catégorie tenue pour la plus basse, celle des sujets inanimés. En rapport avec le peintre spécialisé dans ce type de sujets, le théoricien affirme que « celui qui fait parfaitement des paysages est au-dessus d’un autre qui ne fait que des fruits, des fleurs ou des coquilles » et « celui qui peint des animaux vivants est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes et sans mouvement » (Félibien, 50). Les deux comparaisons contiennent des formules restrictives : la première pose que le peintre qui ne s’occupe que des sujets de la nature inanimée est inférieur au paysagiste. La deuxième comparaison traite du peintre des « choses mortes et sans mouvement » qui se trouve à un degré plus bas sur l’échelle hiérarchique que le peintre des animaux vivants car il s’attache à 1 Sous un portrait gravé de David Bailly datant de 1649, on peut lire l’inscription « un fort bon Peintre en pourtraicts et en vie coye. » Sterling, 42.
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