AGAPES FRANCOPHONES 2019

Katalin BARTHA-KOVÁCS Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 88 Louise Moillon (1610-1696). Leur art est sans doute comparable de plusieurs points de vue, dont les sujets de leurs tableaux, leur manière de peindre, ainsi que le fait que les deux étaient des peintres protestants. Mais il faut insister tout aussi bien sur les différences entre ces artistes : l’un était un homme, l’autre une femme peintre, et alors que la parisienne Louise Moillon s’est bornée à la représentation de la nature inanimée (des fruits et légumes disposés dans différents types de récipients), l’alsacien Sébastien Stoskopff avait un répertoire de sujets beaucoup plus varié. Par la comparaison de leur peinture, nous espérons éclairer la particularité d’un type de tableaux bien caractéristique de la production artistique française de la première moitié du XVII e siècle, appartenant à un genre qui était alors « innommé » – et qui sera dévalorisé par les théoriciens de l’art française de l’âge classique – mais qui jouissait d’une grande popularité parmi les collectionneurs de l’époque. Le silence règne dans la petite salle du musée du Louvre à Paris qui abrite les natures mortes françaises du début du XVII e siècle. C’est là où se trouvent les tableaux de Sébastien Stoskopff et de Louise Moillon, ainsi que ceux de leurs contemporains, également spécialisés dans ces types de sujets. Si le spectateur parcourt d’un regard superficiel ces images qui présentent souvent les mêmes éléments, il aura peut-être tendance à les confondre, même s’il ne s’agit nullement de tableaux interchangeables. L’objectif de cet article est de retrouver, par l’analyse stylistique de quelques tableaux de Sébastien Stoskopff et de Louise Moillon, les marques spécifiques de leur touche. Pour ce faire, nous allons recourir tout d’abord aux écrits théoriques du XVII e siècle servant à contextualiser leur art. Les peintres de la « nature silencieuse » En rapport avec le terme de « nature morte », communément accepté aujourd’hui, il convient de préciser qu’il n’était pas en usage au XVII e siècle. Si dans les langues française et italienne, c’est l’expression « nature morte » qui s’est finalement enracinée, les langues germaniques (ainsi que le hongrois) utilisent les équivalents de la formule « nature silencieuse ». Ce terme évite la référence à la mort et insiste sur l’aspect de vie, silencieuse et tranquille, émanant des objets immobiles de la nature. À propos de

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