AGAPES FRANCOPHONES 2019
Comparaison de l’art de deux peintres de la « nature silencieuse » du XVII e siècle : Sébastien Stoskopff et Louise Moillon _____________________________________________________________ 95 S TOSKOPFF , Sébastien, Jatte de fraises, vers 1620, Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre- Dame. Dans les deux cas, il s’agit des natures mortes peintes à l’huile sur bois (qui était le support privilégié des artistes nordiques). La composition de Stoskopff est antérieure à la celle de Louise Moillon à laquelle elle pouvait servir de source d’inspiration. Les deux tableaux portent une signature apposée au bord de la table de bois. En dépit de la différence des fruits représentés, leur disposition est semblable. Il en va de même pour l’exécution : les deux se caractérisent par l’absence de touches visibles, l’éclairage uniforme et la gamme des couleurs dominée par le rouge et le blanc, auxquels s’ajoutent les nuances du vert des feuilles ainsi que, dans le cas du tableau de Stoskopff, le bleu de la porcelaine et, dans celui de Louise Moillon, le jaune du melon et le violet des prunes. Cependant, l’éventail chromatique de la composition de Stoskopff est plus réservé et elle se caractérise par une organisation plus rigoureuse (Heck, 39). La composition du peintre strasbourgeois est dépouillée à l’extrême, comme si Stoskopff se refusait à tout effet de création d’illusion. Il nous semble cependant que son originalité majeure – la marque spécifique de sa touche – réside dans le traitement de la lumière et des transparences, tendance particulièrement flagrante dans un type de sujets qui est l’invention du peintre, les corbeilles de verres suggérant, à travers l’allusion à la fragilité de la vie, une poésie doucement mélancolique 8 . En revanche, de telles 8 Cf. Sébastien Stoskopff, Corbeille avec verres, pâté et lettre adressée à Teniers , 1644 et Corbeille de verres , 1644, Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre-Dame.
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