AGAPES FRANCOPHONES 2019
Katalin BARTHA-KOVÁCS Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 96 connotations sont entièrement absentes dans les œuvres de Louise Moillon qui se démarque des peintres français de nature morte de son époque par le fait qu’elle se refuse à tout symbolisme et message caché. Sa Coupe de cerises met en relief la matérialité des fruits représentés comme l’attestent la pruine sur la surface des prunes et le melon ouvert au premier plan de la composition (où le morceau détaché ne correspond pas à la coupe). De fait, les fruits coupés peuvent être tenus pour une marque particulière de sa peinture. Cependant, ces deux peintres de la « nature silencieuse » ont quelquefois intégré des personnages à leurs compositions. Si Louise Moillon a en général privilégié le petit format et la peinture sur bois, La marchande de fruits au Louvre est de plus grand format et peinte sur toile 9 . À l’encontre de ses natures mortes, sur cette composition à figures, on découvre quelques éléments auxquels on peut rattacher des allusions symboliques : la pelure de pomme au premier plan renvoie à la précarité des choses et le chat caché au milieu des légumes peut être interprété comme un symbole de la sensualité. Quant à sa représentation des figures humaines, les historiens de l’art ont en général critiquée leur prétendue gaucherie : à leur opinion, les personnages immobiles retiennent moins l’attention du spectateur que la table chargée de fruits appétissants 10 . Il nous semble pourtant que la marchande et sa cliente sur la toile paraissent statiques parce qu’elles sont représentées dans un moment d’attente au cours de l’action de négociation. À part la rigidité des personnages, la « sécheresse » de son trait se voit encore reprochée à Louise Moillon. Mais cette « sécheresse » ne serait-elle pas une technique particulière dont le résultat, l’absence des touches visibles pourrait compter parmi les marques spécifiques des œuvres de l’artiste, tout comme les gouttes finement posées sur le bord de la table qui sert de support aux fruits 11 ? Nous préférons considérer ces prétendus « défauts » comme autant de qualités positives, des traits caractérisant la manière de peindre de Louise Moillon. 9 Louise Moillon, La marchande de fruits dit aussi La fruitière , 1630, Paris, Louvre. 10 Selon Michel Faré, les modèles humains des « peintres de la réalité » traduisent « une certaine naïveté ». Faré, 30. Dominique Alsina quant à lui prétend que Louise Moillon ne parvient pas à intégrer ses personnages à la composition (Alsina, 64). 11 Cf. p. ex. Louise Moillon, Pêches et prunes , dit aussi Corbeille de prunes , vers 1634, Paris, Louvre.
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