AGAPES FRANCOPHONES 2019
Comparaison de l’art de deux peintres de la « nature silencieuse » du XVII e siècle : Sébastien Stoskopff et Louise Moillon _____________________________________________________________ 97 Si l’on compare les figures féminines de la toile de Louise Moillon à celles qui animent les compositions allégoriques de Stoskopff : Les Cinq sens ou l’Été et Les quatre éléments ou L’Hiver , ces dernières, vues de profil, semblent également raides 12 . Il convient pourtant de souligner la différence de la fonction de ces figures : celles de la scène de marché de Louise Moillon engagent une action, alors que les personnages féminins des toiles du peintre alsacien présentent différents objets évoquant les sens ou les éléments. Si le sujet des cinq sens et des quatre éléments était à la mode à l’époque, le peintre alsacien les réinterprète en y associant des éléments symboliques renvoyant aux saisons. Dans Les Cinq sens, les symboles des sens se mêlent encore aux objets typiques des tableaux de vanité (les fleurs, la partition, le luth et l’échiquier), et la scène s’ouvre sur un paysage. Parmi ces éléments bien variés, le plat de fruits ainsi que la jeune femme qui le tient n’ont qu’un rôle anecdotique. Il en va de même pour le personnage féminin qui apparaît sur le pendant de la toile, Les quatre éléments, scène de cuisine bien moins dépouillée que les autres compositions de Stoskopff à cause de l’entassement des objets. Bien qu’il soit téméraire de vouloir tirer des conclusions hâtives et mal fondées sur la base de la comparaison de seulement quelques tableaux des deux peintres qui faisaient l’objet de nos analyses, nous voudrions insister, à part les traits stylistiques semblables de leur art, aussi sur leurs différences qui, tout en paraissant menues, sont pourtant significatives. Dans le cas de Stoskopff, nous avons souligné son talent dans le rendu des effets de lumière et des transparences, ainsi que l’organisation stricte de la composition et, dans celui de Louise Moillon, la sensualité et la matérialité des fruits représentés et l’élégance discrète de ses tableaux. Puisqu’il s’agit de deux peintres très peu documentés de leur vivant, aussi la source principale reste-t-elle nécessairement leur œuvre lors de l’analyse de leur art. Sébastien Stoskopff et Louise Moillon, spécialisés dans la représentation de la nature inanimée, ont joué un rôle déterminant dans l’évolution de ce type de 12 Sébastien Stoskopff, Les Cinq sens ou l’été , 1633 et Les quatre éléments ou L’Hiver, 1636, Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre-Dame. Michel Faré attribue la raideur des figures de Stoskopff et de Louise Moillon à l’influence des gravures d’Abraham Bosse. Faré, 51. Selon Birgit Hahn-Woernle, à part l’influence de Bosse et celle des peintres du Nord, ces personnages féminins montrent également l’influence des peintres italiens (Hahn-Woernle, 69).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=