AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 103 retourner, car, comme le suggère le philosophe, il existe toujours un « lien indéfectible entre le maternel et la mort. » (Derrida, Dufourmantelle, 94). 2.2. En contrepoint de la violence humaine. L’hospitalité de l’île face à l’homme Une fois que les marins hollandais commencent, vers la fin du XVI e siècle, à sillonner l’Océan Indien et qu’ils arrivent à Maurice, ils reconnaissent la valeur de l’île due à sa position géostratégique, son climat favorable, sa faune et son bois précieux. Le paradis de l’île, terre natale du fameux dronte, s’ouvre alors à tous ceux qui veulent la voir. Par le fait d’être entourée d’eau de tous les côtés, accessible à tout moment et de partout, à force d’être trop hospitalière envers quiconque y cherche asile, l’île commence à se montrer moins hospitalière vis-à-vis de son oiseau. Pour continuer dans cet orbe de pensée, il faut remarquer que l’hospitalité n’est pas seulement une question d’ouverture, car après que l’étranger franchisse le seuil de la maison, les portes doivent se refermer derrière- lui, en lui offrant toute la protection recherchée. Pour ce qu’il est de l’île Maurice, après l’arrivée des premiers colons, elle ne pourra plus jamais fermer ses portes à l’altérité, tenir l’homme à distance ou protéger ses espèces endémiques. D’un autre côté, la loi de l’hospitalité illimitée demande de « donner à l’arrivant tout son chez-soi et son soi, lui donner son propre, notre propre, sans lui demander […] de remplir la moindre condition » (Derrida, Dufourmantelle, 73), et l’île accomplit cette loi, s’offrant toute entière aux nouveaux-venus au détriment des accueillants. Si dans le Christianisme l’étranger qui frappe à notre porte en demandant l’hospitalité est associable à l’envoyé de Dieu, les colons agissent comme des êtres éminemment malveillants, qui nuisent et qui détruisent tout sur leur passage. Lorsque les Hollandais ont débarqué à Maurice, l’île appartenait aux dodos qui régnaient insouciants à l’île, mais ceci fut de courte durée car les colons commencèrent à les décimer. Les colons chassent ces oiseaux jusqu’au dernier non pas par nécessité, mais par avidité, illustrant par leur comportement barbare le retournement de l’hospitalité en hostilité. L’hospitalité est une attitude intérieure d’attente de l’autre qui nous pousse à entrer en relation avec lui sans rien attendre en retour. Les dodos approchent l’homme par curiosité, par naïveté, poussés par un désir de le rencontrer, sans rien chercher de particulier, illustrant la loi de l’hospitalité illimitée dont parle Derrida. Leur hospitalité est si grande que les colons ne quittent l’île pour plus d’un siècle et quand, finalement, ils le font, leurs hôtes ont déjà rendu leur dernier soupir : « l’oiseau disparu, le dodo, Raphus Cucullatus , cet oiseau improbable qui ne savait pas voler et qui était confiant quand les humains

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=