AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 104 sont arrivés, il les a accueillis et il était le maître absolu sur cette île et les humains l’ont exterminé en très peu de temps. » (Simonin). Les colons se font chez-soi chez l’autre tout d’abord par effraction, et ensuite par la manifestation directe de leur haine spéciste, par la violence qu’ils infligent aux animaux pour usurper leur statut des maîtres de l’île. Si hostis , comme nous l’avons déjà mentionné, a une double symbolique, signifiant « hôte » (qui peut, à son tour, faire référence à l’accueillant aussi bien qu’à l’accueilli) aussi bien qu’« ennemi », l’hôte que nous accueillons, est toujours potentiellement un ennemi, un individu qui s’introduit dans notre maison afin de nous déposséder de nos biens. Dans Spectres de Marx , Derrida affirme que la visite « ne marque pas toujours le moment d’une apparition généreuse ou d’une vision amicale » et qu’elle « peut signifier l’inspection sévère ou la persécution violente » (165) de l’accueillant. En partant des mêmes propos dérridéens, Stavo-Debauge explique comment « [l]’irruption de “l’arrivant ˮ peut engendrer des méfaits qui ne (s’)ouvrent aucun futur – du moins pas celui d’une expérience mutuellement enrichissante. » (16). Pour ce qui est des rapports colons-dodos dépeints dans Alma , il est à remarquer que ceux- ci sont inégaux. L’hospitalité est unidirectionnelle, de l’accueillant vers l’accueilli, car les dodos donnent tout jusqu’à en perdre la vie, tandis que les colons reçoivent sans rien donner en retour, fait qui débouche dans la rupture du cercle de l’hospitalité qui demande de donner, de recevoir ainsi que d’échanger. Manquant à la mission que Dieu leur avait assignée, celle de cultiver et de garder la terre avec sagesse et amour conformément aux préceptes bibliques, les colons participent pleinement à l’appauvrissement de la nature. Insouciants gloutons, ils se réjouissent de la nourriture carnée que leur offre le dodo, anéantissant, en très peu de temps, une espèce unique au monde : « Ainsi parlait Willem van West-Zanen dans ses vers de mirliton : Les hommes se nourrissent ici de la chair fraîche des créatures emplumées/ de la sève des palmiers, et de la croupe ronde des dodos/ ils tiennent les perroquets afin qu’ils pépient et crient/ et les autres oiseaux viennent se faire tuer à coups de trique ! » (A, 82). Il nous semble que le concept dérridéen de carnophallogocentrisme traduit de manière juste ce que le dronte subit. Cette notion, formée sur le phallogocentrisme repose sur deux autres, nommément le logocentrisme et le phallocentrisme , termes qui mettent en exergue le privilège absolu à la parole et à la raison de l’homme occidental. Le carnophallogocentrisme déplace la discussion vers le sacrifice carnivore opéré par l’homme (Derrida 2006, 144). Dans ce qui suit, afin de mener à bon port notre démarche, nous ferons appel aux définitions données au terme par Patrick Llored,
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