AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 140 d’accouplement le réduit à l’état d’animalité. La ruse et la patience de l’araignée qui attrape irréversiblement sa victime lui servent dans le projet d’éliminer l’époux de celle qu’il convoite et de prendre sa place. La séduction est lente, mais il dépasse tous les obstacles : après les noces de Luisa et de Monsieur d’Oeiras, le chevalier s’introduit progressivement dans l’intimité de la famille dans le but de se débarrasser du rival, ce qui lui donne la possibilité de consoler Luisa veuve et de devenir son amant. Vers la fin du roman, sûr de son succès sexuel et nourrissant l’illusion d’être aimé par Luisa, il lui avoue « les circonstances de la mort de Monsieur d’Oeiras ». (F 69). Cet aveu le coûtera cher parce que Luisa, en suivant un plan minutieux, le prive de sa virilité : « Elle prend ses bourses avec ses doigts. Elle sort un petit couteau. Elle tranche d’un coup les deux bourses. Il hurle. Elle l’émascule enfin. » (F 76). C’est de cette manière qu’elle venge le meurtre de son mari. Incapable de se pardonner pour avoir eu une relation cachée – donc hors les frontières des mœurs de l’époque – avec l’assassin, le même jour elle se suicide en plongeant un couteau dans le sein : « Je descends rejoindre les morts et j’entends m’expliquer seule avec eux de ma honte. » (F 77). Dans l’édition française de 1992, parmi les cent photographies d’azulejos du Palais Fronteira – réalisées par Nicolas Sapieha et Paulo Cintra – se trouvent plusieurs dont les représentations appuient le déroulement du récit : les images d’un couple, d’une conversation entre deux hommes et une femme, d’un personnage accroupi et dénudé, excrétant dans l’ombre. D’autres images montrent une chasse au sanglier et un personnage qui semble avoir été émasculé. Enfin, sur plusieurs faïences on a peint des scènes d’une fête. Parmi elles, quelques-unes construisent l’image d’un personnage énigmatique, mi-homme mi- femme, portant un collier de perles, au pubis masqué par un visage faunesque, telle que remarquée par le prince Cosme III de Medici, grand- duc de Toscane en visite au Palais de Fronteira aux côtés du roi du Portugal en 1669 : « Le prince Cosme insista, tendit le doigt en avant, montra un carreau de faïence bleue qui représentait le pubis d’une femme, rasé et tatoué. » (F 87). C’est parmi les carreaux de faïence les plus énigmatiques, mais qui ont fait le plus de scandale à l’époque, à ce qu’on indique dans le commentaire historique de José Meco rattaché à l’ouvrage. En effet, les azulejos du palais Fronteira mettent en évidence l’avènement du baroque portugais dans le domaine de l’architecture et de la décoration à partir du XVII e siècle : Certaines compositions ornementales libres, de volutes de feuillages et de mascarons dérivés des grotesques, apparaissent au hasard des jardins. […] Les autres compositions de la quinta [désignant en portugais un type de propriété,
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