AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 141 n.r.] témoignent d’audaces plus surprenantes pour l’époque, notamment certaines allégories profanes et de nombreuses scènes burlesques, voire irrévérencieuses et libertines. Elles étaient entièrement novatrices par rapport à la production antérieure soumise à l’austérité des commandes religieuses. (F 132-134). Ce sont ces dernières qui ont, sans doute, inspiré Pascal Quignard dans l’édition initiale de La frontière parue aux éditions Chandeigne. Sont représentées sur maints azulejos, des scènes de chasse, des scènes carnavalesques hommes-animaux, regroupées dans un véritable Bestiaire . L’idée de brouiller les frontières du réel et du fictif se trouve inscrite dans les azulejos eux-mêmes : selon les photos prises et intégrées dans le livre par Sapieha et Cintra, il y a là des animaux que l’on ne pourrait pas ranger dans une certaine espèce. Sont-ils des éléphants ou des sangliers ? Des chiens ou des agneaux, des humains, des chats ou des oiseaux ? De toute façon, de nombreuses images sont dominées par des êtres hybrides : soit des animaux à tête ou allure humaine, soit des corps d’homme à tête d’animal : « On peut y voir un monde infini, fantastique et bouleversé, représenté par des animaux, dans lequel quelques humains semblent égarés dans ce bestiaire sans queue ni tête. » (F 105). De plus, parfois même les scènes où les êtres humains occupent la place centrale n’ont pas été décryptées en entier. Si dans quelques-unes on a pu identifier diverses personnalités de l’époque parmi lesquelles certains membres de la famille Mascarenhas ayant joué un rôle important dans la Restauration, pour d’autres, représentant des scènes allégoriques, il a été impossible de trouver un correspondant en réalité. C’est, d’ailleurs, ce que remarque José Meco dans son commentaire sur les azulejos : « Désignées par Corsini comme ‘histoires et fables diverses’, les différentes fictions que les panneaux recèlent n’ont pas été élucidées. » (F 135-136) Par la suite, cela permet à celui qui la voit d’interpréter l’image à son gré, chose faite par Quignard lui aussi par le biais de ses personnages-témoins comme le roi Pierre. La lecture commentée des azulejos que le roi Pierre fait pour ses invités lors du dernier chapitre du récit constitue une longue description qui resterait assez énigmatique si le roman n’était pas accompagné de deux autres parties qui entretiennent des relations évidentes. Le récit qui donne le titre à l’ouvrage s’inscrit dans la catégorie des fictions historiques qui s’appuient sur la mémoire collective de manière tangentielle et où Pascal Quignard joue incessamment avec les frontières de l’histoire et de la géographie du Portugal. En revanche, la deuxième partie de l’ouvrage rassemble le bestiaire, tandis que dans la dernière l’historien José Meco fournit des informations précieuses qui aident le lecteur à mieux gérer le côté fictif et celui réel de la narration. Il y donne des indications

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