AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 142 concernant la formation de l’État indépendant du Portugal et commente l’origine, les formes et l’évolution des azulejos en tant que supports de la mémoire culturelle portugaise. De plus, il y fait une analyse détaillée des azulejos qui parent non seulement les jardins, mais aussi certains espaces intérieurs du Palais Fronteira comme la salle des Batailles ou l’atrium. Il y remarque l’originalité des travaux de décoration réalisés dans un délai assez bref, vu la transformation fondamentale de la manière d’employer les couleurs sur les azulejos : « le changement de la couleur et le passage soudain de la polychromie à la bichromie, c’est-à-dire la peinture en bleu cobalt bordée de noir sur fond de glaçure blanche. » (F 127). C’est la définition classique de l’azulejo qui s’éclaircit à l’époque : faïence émaillée de couleur essentiellement bleue. 2 Voilà un autre aspect où le Palais Fronteira fait figure de pionnier en dépassant les frontières du traditionnel pour embrasser un nouveau style, notamment le baroque. Carreau de céramique dont l’une des surfaces est décorée et vitrifiée, de fabrication mauresque à l’origine 3 , l’azulejo s’intègre au début dans des compositions géométriques pour évoluer vers la représentation des scènes diverses où il y a souvent des sens allégoriques à déchiffrer fréquemment à partir des figures animalières. Ayant horreur du vide, les Portugais choisissent des enchaînements compliqués d’azulejos pour décorer les façades et les murs intérieurs des bâtiments. Selon le récit de Quignard, le projet du marquis de Fronteira s’inscrit dans ce courant spécifique à l’architecture portugaise, mais il ajoute à l’azulejo la fonction d’appui concret, matériel de la mémoire. Par sa décoration, l’azulejo constitue « une mémoire par défaut » (Bonnefis, 48) à rôle testamentaire, car il raconte « la tragédie que le comte de Fronteira a promis de ne pas dire. Ainsi, le texte parle-t-il en se taisant ». (Bonnefis, 47) En fait, la description des azulejos dévoile une image doublement tournée vers le passé puisqu’ils supposent le déchiffrage d’une époque trouble du point de vue historique et parce que, réunis, ils racontent la genèse du palais. Par la suite, les trois parties se combinent dans un ouvrage qui respecte les préceptes antiques de l’art de la mémoire. Le palais apparaît non seulement comme un espace dédié à la mémoire, mais aussi comme un lieu de mémoire. En le parcourant, 2 Azul en espagnol et en portugais désigne la couleur bleue. Peut-être le mot espagnol et portugais sont-ils tous deux empruntés à un diminutif arabe, zúlug « pierres lisses », mais ce dernier mot est rare en arabe ( Trésor de la Langue Française Informatisé ). 3 D’ailleurs, une des origines du mot « azulejo » est mauresque : al zulaydj (littéralement « petite pierre polie »), conformément aux affirmations de Maria Antónia Pinto de Matos, conservatrice en chef du Musée National de l’Azulejo (Musseau, 2021). À la longue, la technique portugaise de réaliser les azulejos a subi plusieurs influences : gothique, orientale, italienne, hollandaise, baroque, etc.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=