AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 144 passent leurs vies. En revanche, par son caractère sauvage, la forêt (celle de Monsanto, peut-être) dans laquelle Monsieur d’Oeiras invite Monsieur de Jaume à chasser paraît damnée : « Ils pénétrèrent dans le bois mais les ombrages si obscurs des branches ajoutés à la brume épaisse [c’était un jour froid et sombre de mars, n.r.] qui y restée accrochée… » (F 41), « près des joncs, dans l’espèce de nuée qui longeait la rivière, ils virent deux yeux où brûlait une flamme qui était indescriptible. » (F 42). En effet, ce sont les yeux du sanglier dont la chasse constituera le prétexte parfait pour Jaume d’accomplir son infâme crime. 4. Temps/histoire En ce qui concerne la relation du temps narratif à l’Histoire, nous constatons que Quignard, fidèle à son projet de fouiller parmi les débris des époques révolues, en extrait des moments significatifs pour le Portugal et crée une toile de fond réelle qui assure la vraisemblance de son récit. Il s’agit pourtant plutôt d’un acte d’invention du passé, vu que la partie la plus importante du texte est occupée par l’histoire dont les protagonistes sont entièrement fictifs. « Le réel s’authentifie par la multiplication des preuves historiques, qui se pulvérise en courtes notations de dates et d’événements ». (Rabaté, 102). Y sont évoquées plusieurs dates dont l’importance peut être historiquement prouvée. Ainsi, en décembre 1640 eut lieu le coup d’État à la suite duquel un groupe de jeunes nobles, révoltés contre le pouvoir espagnol, s’empare du palais gouvernemental de Lisbonne, emprisonne Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue et vice-reine du Portugal (1635-1640) et réussit à convaincre le duc Jean de Bragance de devenir le premier roi portugais après la restauration de l’indépendance du pays. À partir de 1647, comme ils étaient fervents amateurs de chevaux et de tauromachie, [les Bragances] organisèrent de brillantes corridas place du Rossio à Lisbonne, au cours desquelles les héroïques conspirateurs de 1640, dom Antão de Almada, António Correa Baharen, dom António de Mascarenhas, dom Diogo de Almeida, dom Francisco Coutinho, dom Francisco de Mascarehnas, Francisco Pedreira da Cunha, dom Lourenço de Lencastre, dom Luis Saldanha de Albuquerque, dom Rodrigo de Castro, descendirent dans l’arène. (Sommer d’Andrade, 43-44). Ces informations historiques apparaissent presque telles quelles dans le premier chapitre du récit, ce qui contribue à en renforcer le caractère documentaire : « En 1647, les Bragance organisèrent des corridas place du Rossio. Dom António de Mascarenhas, dom Diogo de Almeida, dom Francisco de Mascarehnas, dom Luis Saldanha de Albuquerque descendirent dans l’arène carrée et ils toréèrent au contentement de

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