AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 146 dans la restauration de l’indépendance du Portugal, parmi les proches de la famille nobiliaire de Mascarenhas, rattachée au roi Jean IV le Restaurateur. Le personnage est bien ancré dans le cercle des nobles, plus ou moins importants, de la Cour royale. Il développe à la longue des relations solides avec plusieurs descendants des Mascarenhas (Francisco, António, João, jeune, puis l’adulte), mais aussi avec les familles d’Alcobaça et d’Oeiras. Quignard fait apparenter Monsieur d’Oeiras, l’autre protagoniste du récit, au Padre Antonio Vieira, proche lui aussi du roi Jean IV : « le neveu de Vieira ». (F 29). Le jeune homme devient l’époux de Luisa d’Alcobaça non par amour, mais à la suite d’un mariage arrangé qui assurait la quiétude de la famille du point de vue social. Comme l’époque était trouble, « les mariages privés étaient contraints à la prudence » (F 18). Alors, « Monsieur d’Alcobaça élut le fils de son plus ancien ami, bien que sa fortune fût plus médiocre. Monsieur d’Oeiras était apparenté au Padre Antonio Vieira. » (F 17). Mais pourquoi ce parent représente-t-il une garantie si forte qu’on renonce aux éventuels avantages matériels plus importants ? Probablement parce que Vieira était un prêtre jésuite respecté et écrivain renommé. Ses qualités de grand orateur et la modernité de sa pensée ont fait qu’il fût chargé par le roi Jean en 1646 de défendre les intérêts du Portugal contre l’Espagne et la Hollande lors des pourparlers préparatoires aux traités de Westphalie. Après son mariage, petit à petit, le jeune Oeiras s’est lié d’amitié avec le chevalier Jaume qui, par ruse, a réussi à entrer dans le cercle de la jeune famille. De plus, ce qui le recommandait comme personne de confiance est l’amitié de longue date avec Monsieur d’Alcobaça, le père de Luisa : « Outre dom Francisco et dom António de Mascarenhas, il était l’ami de Monsieur d’Alcobaça. Ce dernier avait une petite fille de deux ans à peine, avec laquelle Monsieur de Jaume jouait volontiers. » (F 11). Dans l’ébauche de cette relation, Quignard imagine une scène qui mêle de nouveau vérité et fiction : « Au matin du 1 er Décembre 1640, ce fut en compagnie de Monsieur d’Alcobaça qu’il [Jaume] rejoignit les conjurés. » (F, 11). Monsieur de Jaume, l’ami et frère d’armes des Mascarenhas qu’il « servait bien » (F 9), est récompensé à titre posthume pour sa fidélité par João de Mascarenhas. Mais qui sont ces Mascarenhas, si proches de plusieurs rois portugais ? Les ancêtres de João (dom Francisco et dom Antonio) comptaient parmi les quarante conjurés qui avaient réussi à éliminer le pouvoir espagnol auquel le Portugal était assujetti par le coup d’Etat du mois de décembre 1640. D’ailleurs, dans le premier chapitre, Quignard esquisse l’histoire de ce moment en évoquant les personnalités qui ont contribué au rétablissement de la liberté du Portugal : Joao Pinto
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