AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 154 À partir du 16 mars 2007 et l’avènement du « Manifeste pour une littérature-monde en français », publié dans le journal Le Monde , « l’acte de décès de la francophonie » (Le Bris et al .) est unilatéralement annoncé, dénonçant « l’émergence d’une littérature-monde en langue française consciemment affirmée, ouverte sur le monde, transnationale » ( Ibid. ). D’après Anne-Rosine Delbart cette « proposition d’une littérature-monde participe explicitement de la volonté de délier le pacte langue-nation et s’affiche comme le substitut idéal à la trop contestée étiquette de littérature francophone » (2010, 107) qui, comme le soulignent Michel Le Bris et Jean Rouaud, « est devenue un obstacle, entérine une ségrégation » (2007b, 45). Les auteurs du manifeste, connu aussi sous le nom de « Manifeste des 44 », avec à leur tête Michel Le Bris, fondateur du festival Étonnants voyageurs , décrétaient la fin de la position centrale et dominante de la littérature française, légitimant de la sorte la destitution immédiate de ce qu’on a longtemps appelé « littérature francophone » perçue comme obsolète, « pittoresque » (Le Bris et Rouaud 2007b, 34), « exotique » (34), héritée de l’empire colonial français. Or, pour Véronique Porra, « la littérature-monde en français est […] avant tout conçue comme une anti-francophonie, un concept de substitution et surtout comme la fin des systèmes de légitimation et d’assignations littéraires en vigueur » (2008, 35). Porra soutient que le « Manifeste pour une littérature-monde en français » se fonde sur « un mouvement de refus des structures et des discours existants qui se double d’un mouvement d’affirmation d’une nouveauté postulée » (2008, 35). Par ailleurs, Lise Gauvin défend que la nouveauté de ce « Manifeste » « paraît venue d’une renaissance, d’un dialogue dans un vaste ensemble polyphonique, sans souci d’on ne sait quel combat pour ou contre la prééminence de telle ou telle langue, ou d’un quelconque impérialisme culturel » (2010, 175). En fait, il ne « s’agit donc en rien […] de promouvoir quelque impérialisme linguistique au détriment de telle ou telle autre langue […] [mais de] libérer la langue de son pacte avec la nation […] de sorte que la langue, libérée, devienne l’affaire de tous, en tous lieux » (Le Bris et Rouaud 2007b, 46-47). Le but de cette renaissance est de permettre l’avènement « d’une littérature aventureuse, voyageuse, ouverte sur le monde » (Le Bris et Rouaud 2007b, 25). Véronique Porra défend que le « Manifeste pour une littérature- monde en français » expose « Le Bris et certains signataires au reproche d’impérialisme occidental ainsi qu’au reproche de se plier – entre autres par les attaques contre les altermondialistes – aux tendances de la mondialisation, et ce bien qu’ils se défendent de réduire la culture à des
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