AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 155 pratiques globalisées » (2008, 51). L’anti-Manifeste intitulé Visiter le Flurkistan ou les illusions de la littérature-monde (2008) de Camille de Toledo est, à cet égard, l’exemple le plus criant des critiques adressées aux signataires et à Le Bris et Rouaud. Toledo, pseudonyme d’Alexis Mital, trace ce qu’il nomme « l’offensive des géants » de la littérature de langue française. L’auteur de cet anti-Manifeste oppose les écrivains « voyageurs » aux « écrivains de chambre » (Toledo, 17), ce qui démontrerait que « les signataires feraient preuve d’une grande naïveté » (Gauvin 2009, 5), perpétuant une illusion, dressant « la périphérie contre le centre […] désormais partout, aux quatre coins de la planète ». (5). Encore faudrait-il, selon Gauvin, que « pour que cette pluralité de centres puisse vraiment exister, que le système de reconnaissance de langue française puisse accueillir » (2009, 5) et elle reprend les mots de Toledo – « à égalité de chances, les livres écrits ici et ailleurs » (2009, 5). Toledo est convaincu « qu’il n’y a pas à choisir, il n’y a qu’à osciller » (2008, 51), qu’il faut ouvrir les portes à « une histoire non plus française, mais hybride » (2008, 53). D’après Toledo « à aucun moment, les signataires [du manifeste] ne sortent du système de reconnaissance qu’ils critiquent. Plus ils le dénoncent, plus ils lui donnent de l’importance » (67). À ce titre, rappelons qu’ils partent explicitement du constat de la délivrance de prix littéraires à des auteurs porteurs d’« une clameur venue d’ailleurs » (Le Bris et Rouaud 2007b, 21), relégués habituellement dans les marges, mais publiés « par de grandes maisons parisiennes » (Gauvin 2009, 5). Michel Le Bris hyperbolise la signification de l’attribution de ces prix en affirmant que « plus tard, on dira peut-être que ce fut un moment historique : pour la première fois dans la vie littéraire française, cinq des sept principaux prix littéraires de l’automne décernés à quatre de ces auteurs que l’on dit d’ordinaire, avec un rien de condescendance, "francophones" » (2007b, 23). Cet engouement pour des écrivains d’outre-France qui s’étaient vu décernés à l’automne 2006 les Prix Goncourt, Grand Prix du roman de l’Académie française, Renaudot, Femina, Goncourt des lycéens, paraît bouleverser le milieu littéraire. Idée reçue qui, d’après José Domingues de Almeida, « voudrait que cette accumulation de prix accordés à des écrivains issus "d’outre-France" – qu’ils soient francophones ou allophones –, signal[ait] un tournant qualitatif décisif dans la périodisation des écritures littéraires en français. En fait, il n’en est rien » (30). Véronique Porra pointait déjà cette idée lorsqu’elle soulignait que cette remise de prix qui marque l’automne « n’est pas un phénomène nouveau » (2008, 38). Elle attirait l’attention sur le fait que « depuis longtemps, les prix d’automne couronnent des auteurs allophones d’expression française ou des auteurs francophones » (Porra 2008, 38).

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