AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 157 étranger et de vivre à l’étranger, préfigurant ainsi l’art de vivre d’une ère moderne » (Kristeva, 25). Cet écrivain est alors classé dans les étagères de la littérature migrante, littérature qui caractérise tous ceux qui sont en déplacement, en mouvement, tous ceux qui ont traversé la frontière à la recherche d’une nouvelle ouverture, d’une pluralité d’expériences, d’un nouveau monde dans lequel ils se réinventent. Nous pouvons alors « ranger » dans ces rayons de littérature migrante, qui révèlent la richesse et la pluralité des imaginaires de l’espace littéraire, une profusion d’écrivains tous allophones électifs tels Cioran, Huston, Todorov, Agota Kristof, Kundera, Jorge Semprun, Michel del Castillo, Amin Maalouf, Julia Kristeva, etc. Ces écrivains voient l’expérience migrante soit comme source de créativité qui leur permet « de fonctionner, et notamment d’écrire » (Sebbar et Huston, 193) soit comme un catalyseur « de friction, d’angoisse, de malheur » (Huston, 61). Parmi ces écrivains se trouve également le Grec Vassilis Alexakis qui se présente comme un « écrivain de langue française […] [e]t de langue grecque » (Bessy, 256). Questionné sur la position de certains écrivains étrangers face au manifeste « Pour une Littérature-monde en français », Vassilis affirme : Pendant longtemps il y a eu une tendance à sous-estimer la littérature écrite en français par des étrangers. Le mot même de francophonie est très ambigu ; il est chargé de connotations condescendantes ou exotiques. Je ne suis pas francophone mais hellénophone. Je n’ai que la nationalité grecque et je suis écrivain de langue française et de langue grecque. (Pradal, 8). Alexakis refuse d’être classé, c’est pourquoi il ne figure d’ailleurs pas parmi les auteurs qui ont signé le manifeste car il « trouve complètement ridicule l’étiquette "Littérature-monde" » (Bessy, 256). D’après lui, elle est « nulle » (256). Alexakis prétend que la littérature se joue au-delà de toutes frontières ; c’est pourquoi il affirme que « Personne n’a le droit de mettre des étiquettes sur les livres littéraires. Ce sont ou des livres littéraires ou pas » (Bessy, 256). L’écrivain grec montre combien il est déçu, ce qui le conduit d’ailleurs à affirmer : Tant pis si certains Français ne comprennent pas qu’on puisse écrire dans une langue étrangère par goût, délibérément. Tant pis s’ils considèrent que les ouvrages écrits par des étrangers en français ne méritent l’attention que s’ils garantissent le dépaysement. Tant pis si je dois m’entendre poser, jusqu’à la fin de mes jours, la question : − Ah bon ? Vous écrivez en français ? (Alexakis 1997, 250) Se démarquant, de la sorte, d’un groupe unique, refusant d’être assigné à une étiquette, Alexakis avoue dans Contrôle d’identité : « J’ai toujours eu
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=