AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 158 cette attitude à l’égard des groupes, je me suis toujours arrangé pour ne pas en faire partie » (1985, 31). Cette attitude ne lui a cependant pas évité la reconnaissance de grandes instances littéraires qui lui ont remis, à plusieurs reprises, des prix littéraires tels que les Prix Alexandre Vialatte en 1992 et Albert Camus en 1993 pour son roman Avant . En 1995, il se voit attribuer le Médicis pour La Langue maternelle, et en 1997 le Prix de la Nouvelle de l’Académie française pour son premier recueil de nouvelles Papa . En 2007 son roman Ap. J.-C. lui vaut le Grand Prix du Roman de l’Académie française. Finalement, Alexakis est nommé lauréat du Prix de la Langue française en 2012 pour la totalité de son œuvre Dès 1967, Alexakis avait commencé à écrire ses textes en français, mais son approche à la langue et à la littérature françaises avait été encouragé par sa mère qui sera d’ailleurs, comme il le témoigne dans Paris-Athènes , « son premier conseiller littéraire » (1997, 133). Elle lui avait fait suivre des cours de français à l’Institut Français d’Athènes et au lycée Léonin, pris en main en 1907 par les Frères Maristes, à Nea Smyrni, au sud d’Athènes. Cette approche à la langue se développera lors de son séjour de trois ans à Lille, à l’âge de dix-sept ans, où il était venu poursuivre ses études de journalisme par le biais d’une bourse d’études. Ce séjour à Lille est évoqué quelques années plus tard, lorsqu’il rappelle son attachement à la langue française : « Je n’avais pas envie non plus de me séparer du français. Je me rendais compte que l’acquisition la plus importante que j’avais faite à Lille, c’était cette langue. J’avais déjà subi son charme » (Alexakis 1997, 213). C’est à travers le français qu’il « avai[t] trouvé [s]a façon d’écrire, qu’[il s]’étai[t] trouvé » (255). Après ces trois ans d’études à Lille, il rentre en Grèce pour faire son service militaire dans les services cinématographiques que l’armée vient de créer. En avril 1967 a lieu un coup d’état militaire connu sous le nom de « dictature des colonels ». Cet évènement l’empêche d’envisager une carrière en Grèce, et il se voit donc contraint de quitter le pays et décide de regagner la France. Son exil commencera en 1968, date à laquelle il arrive à Paris et reprend son travail autour de la langue française, langue qui d’après lui « présente toujours les choses sous un angle positif, quitte à se dédire aussitôt après » (Alexakis 2002, 75). Alexakis reconnait dans Paris-Athènes que « le français a augmenté [s]on plaisir, il [lui] a ouvert de nouveaux espaces de liberté » (1997, 14). L’auteur ajoute à ce propos : « Je ne prétends pas seulement connaître le français, je prétends que le français me connai[sse] aussi » (14). La question identitaire est ici marquée par le dialogue interculturel. On croirait entendre dans la pensée d’Alexakis un écho de ce que défendait Bakhtine lorsqu’il affirmait « poser à la culture étrangère des questions nouvelles qu’elle-même ne se posait pas […] questions qui sont les nôtres, la culture étrangère nous répond,
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