AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 159 nous dévoilant ses aspects nouveaux, ses profondeurs nouvelles de sens » (1984, 348). Cette ouverture à l’autre, au dialogue entre cultures est justifiée par l’auteur dans Les Mots étrangers : « Je ne me serais jamais si bien adapté au français si ma langue maternelle avait été moins disposée au dialogue » (Alexakis 2002, 149). Alexakis parle de « l’illusion d’un nouveau départ » (55) qui peut être interprété comme renaissance et reconnaissance de soi à partir de la connaissance de l’autre, de l’apprentissage de la langue et de l’adaptation à une nouvelle culture. L’écrivain décide alors de porter un grand intérêt à la langue française car il est convaincu que « les langues [nous] rendent l’intérêt que [nous] leur port[ons]. Elles ne [nous] racontent des histoires que pour [nous] encourager à dire les [nôtres]. Les mots étrangers ont du cœur. Ils sont émus par la plus modeste phrase que vous écrivez dans leur langue, et tant pis si elle est pleine de fautes » (Alexakis 2002, 320). Cette nouvelle langue demande une approche patiente, sereine, persévérante, ce qui nous rappelle le célèbre « apprivoise-moi », dialogue entre le renard et le Petit-Prince de Saint-Exupéry. En effet, il est nécessaire que des liens soient créés, qu’une confiance soit construite pour que puisse naître une nouvelle expérience ; c’est pourquoi Alexakis déclare : « Je m’imagine peut-être que les mots sont des animaux sauvages qu’il faut apprivoiser ? Je cherche autant à les connaître qu’à me faire connaître d’eux » (2002, 77). Il s’engage alors à travailler en douceur ce qui le mène à affirmer : « Je ne sais pas comment je vais commencer, mais je sais que j’aimerais finir par des mots étrangers. Comment ne pas me reconnaître dans un récit qui commencerait dans une langue et qui finirait dans une autre ? » (295). Le choix de la langue française s’est donc fait sereinement : ce qu’il avoue dans son récit autobiographique Paris- Athènes lorsqu’il parle de son désir de publier : Mon principal objectif était bien entendu de publier un roman. Je ne savais pas si j’en étais capable, je n’avais aucune idée de roman en tête, mais j’avais hâte d’essayer. Paris me donnait la possibilité de le faire en toute liberté. Je rêvais déjà de sa publication, à Paris naturellement. Pas un instant je n’ai songé à l’écrire en grec. Mon métier m’obligeait à m’exprimer quotidiennement en français […] Le français s’est substitué à ma langue maternelle. Je n’ai nullement eu le sentiment de transgresser une loi ou d’accomplir une performance en écrivant ce roman directement en français. (Alexakis 1989, 217). Comme il le témoigne dans cet extrait, le contact quotidien avec la langue française se fait dans son environnement de travail où il développe son action en tant que dessinateur humoristique et publie en Grèce des dessins politiques prenant position contre la dictature. Ses dessins seront plus tard publiés dans le magazine Art et dans La Quinzaine littéraire. Il
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