AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 161 « Peut-être avais-je l’idée que la manière de dépasser mes problèmes intérieurs, c’était de convaincre tous les Français d’apprendre le grec. J’ai peut-être la volonté sournoise d’enseignement du grec aux Français… » (19). Le choix de cet entre-deux langues est encore renforcé lorsqu’il affirme : Il y a d’abord eu la période française. J’ai écrit en français les trois premiers romans, où le contact avec la langue est encore relativement distant. Il m’est plus facile de faire de l’humour en français, du coup ce sont des livres plus légers. Il y a, ensuite, un virage avec Talgo , le premier livre écrit en grec où je fais la preuve que ma manière d’écrire reste la même en passant d’une langue à l’autre, que je ne trahis aucune des deux langues et qu’aucune ne me trahit. (Alexakis 1997, 18). Cette période française, dont l’auteur nous parle dans cet extrait, est marquée par les romans Sandwich (1974), Les Girls de City-Boum-Boum (1975), La Tête du chat (1978). En 1981, Talgo est publié en grec à Athènes et sera traduit par l’auteur et publié à Paris en 1983. À propos de ce roman, Alexakis souligne : « [ce livre] m’a réconcilié avec la Grèce et avec moi- même. Il m’a rendu mon identité grecque. Je pouvais désormais me regarder sereinement dans la glace » (1997, 93). Talgo marque, en effet, le retour d’Alexakis à la langue maternelle avec laquelle il avait pris de la distance depuis son exil à Paris. Il a dû, comme il le témoigne, « ouvrir le dictionnaire […] pour réapprendre le grec » (Guichard 2007b, 19). Ce tournant vers sa langue maternelle le fait percevoir sa condition de non appartenance, errant, perdu dans un entre-deux ce qui le mène à affirmer : « Moi, je transporte le vide : je suis le chargé de mission du vide, l’ambassadeur du vide, l’envoyé spécial du vide : mon véritable pays est le vide » (Alexakis 1983, 87-88). Cette prise de conscience d’absence de repères le transporte lentement vers un retour au passé avec lequel il reprend contact comme si une partie de lui-même avait subitement émergé du fin fond de son être pour faire ressortir son identité grecque. Ses racines sont interpelées car, comme il le rappelle dans Paris-Athènes , « on appartient fatalement au lieu de son enfance » (Alexakis 1997, 47). Le souvenir de son pays natal se fait encore présent lorsqu’il avoue : « je n’aimerais pas que la mort me surprenne à Paris : je serais bien malheureux si je ne pouvais plus jamais rentrer en Grèce. Je serais un mort bien malheureux. » (188). Dans Paris-Athènes, l’auteur cherche à expliquer le choix de son bilinguisme tout en présentant une vision rétrospective d’un aller-retour partagé entre la France et la Grèce :

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