AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 170 géographiques. Qu’en est-il donc du sentiment d’appartenance ? Celui-ci devient une émotion « autonome » depuis le premier volume où la narratrice prend conscience que « on n’a pas besoin d’avoir un pays pour exister » ( AF , 92). Fellous insiste plutôt sur l’affiliation que sur la filiation –encore un dépassement des limites – au point que, de manière ironique, elle se demande si elle ne serait pas une fille adoptive ( A , 64). Nature et forme des supports visuels La trilogie de Colette Fellous met en scène une évolution des supports visuels. Le premier volume introduit une quarantaine d’images de différentes sources : des reproductions de tableaux, des cartes postales, des annonces publicitaires, des photos d’artistes cinématographiques, aussi bien que des photos d’individus anonymes, de paysages ou de lieux non précisés. Parmi eux, seulement un portrait de famille. Le tout est emprunté à la collection personnelle de l’auteure contenant des prises de vue ou des pièces propres, à la fois que des ouvrages d’artistes renommés. Une liste avec les crédits des images est la seule indication qui communique au lecteur leur provenance. Une stratégie similaire se répète dans le deuxième volume où les quarante images apparaissent recensées sur une « liste des illustrations » avec mention des crédits. Dans une bonne mesure les pièces auxquelles l’auteure recourt alimentent et appuient la « mise au jour » du passé : les cartes postales de Tunis ou les photos de la ville rappellent des scènes de vie de l’époque. Le côté affectif des images se redouble d’une lecture sociologique. La photo du menu ou la carte de la station thermale de Korbous ébauchent le milieu aisé auquel appartient Fellous. Ces documents visuels insistent sur des aspects tels que la cohabitation culturelle manifeste sur la carte du Théâtre du Casino ou de l’avenue Jules Ferry. Sur ce dernier document l’inscription du nom de la rue rapporte le lecteur à une époque précise, car l’avenue a changé son appellation après la déclaration de la première république tunisienne. Surtout le premier volume abonde en images extraites du monde cinématographique ou celui des arts. Des protagonistes de films de Jean Renoir ou de Luchino Visconti voisinent avec des tableaux de Cézanne ou de Carpaccio. Leur tissage donne à lire le comportement des protagonistes d’une époque désormais révolue. En contrepartie, le dernier tome de la série n’insère qu’une vingtaine de photos de l’auteure. Aucun guide n’est fourni. Le focus se réduit et se concentre exclusivement sur Fellous. Ce mode d’emploi se trouve en parfaite harmonie avec l’esprit de l’œuvre. Alors que les deux premiers titres fixaient leur perspective sur l’évolution de la Tunisie, qu’ils envisageaient la guerre qui a pénalisé les Juifs tunisiens, alors que
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