AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 182 Le corpus et les figures de l’étudiant noir et de l’immigré sont les produits de contextes historiques différents. L’étudiant va en métropole au cours et juste après la période coloniale. Quant à l’immigré, son départ survient longtemps après les lendemains des indépendances et est la résultante des mauvaises politiques initiées par la bourgeoisie nationale qui dirige les nouvelles nations. Son départ pour la France est avant tout un projet individuel. Les motivations de départ sont différentes et, contrairement à l’étudiant noir, l’immigré n’envisage que très rarement le retour au pays natal. Il faut tout de même signaler que, dans les œuvres d’avant les indépendances, les profils de certains personnages présageaient déjà l’arrivée de l’immigré comme nous le verrons avec le roman d’Aké Loba. L’étudiant noir ou le voyage d’un indigène en métropole Kocoumbo, l’étudiant noir 1 raconte les péripéties d’un jeune étudiant africain en France, ses difficultés de vie dans un monde qui lui est inconnu. Partant du postulat de Fanon qui pose que l’Africain dispose de deux systèmes de référence que sont sa métaphysique ou « les coutumes et les instances auxquelles elles renvoyaient » et « le regard du blanc » (2015, 108) le voyage de l’étudiant noir peut être perçu comme un choix délibéré de s’enfoncer un peu plus dans les sentiers de la perdition. Le premier voyage, mieux la première étape de la perdition, se découvre à travers son admission à l’école coloniale. Celle-ci apparait comme le premier levier de la construction de son altérité en ce sens qu’il en sort dépouillé d’une partie de ses valeurs. Sur ce point, le colonisateur et le colonisé sont unanimes. Dans L’Aventure ambiguë , le narrateur distingue les effets dévastateurs et ineffaçables de l’école sur les populations colonisées en des termes suivants : « l’école nouvelle participait de la nature du canon et de l’aimant à la fois. Du canon, elle tient son efficacité d’arme combattante. Mieux que le canon, elle pérennise la conquête. Le canon contraint les corps, l’école fascine les âmes » (Kane, 60). De son côté, Georges Hardy, inspecteur du système scolaire en Afrique noire affirmait en 1917 que le moyen le plus sûr « pour transformer les peuples primitifs de nos colonies », « c’est de prendre l’indigène dès l’enfance, d’obtenir de lui qu’il nous fréquente assidûment et qu’il subisse nos habitudes intellectuelles et morales pendant plusieurs années de suite, en un mot, de lui ouvrir des écoles où son esprit se forme à nos intentions » (Treiber 2010, 38). Parce qu’il fréquente l’école coloniale, Kocoumbo apparait différent des jeunes de son âge par la non-maitrise des codes de son terroir. Cela transparait dans son incapacité à décrypter les messages 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle KEN , suivi du numéro de la page.
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