AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 183 voilés que lui transmet celle dont il est amoureux et qu’il finira par quitter pour parfaire ses études en France. La France et tout ce qui s’apparente à elle dans cette colonie d’Afrique n’est qu’étrangeté, différence, et inhumanité. Pourtant, les parents de Kocoumbo, comme le peuple des Diallobé de L’Aventure ambiguë , l’enverront sur cette terre étrange pour de multiples raisons. D’après le narrateur de Kocoumbo, l’étudiant noir , le voyage est bénéfique à un triple niveau. Sur le plan individuel, aller en France et principalement à Paris apparait comme un voyage initiatique en ce que la France regorge de tout ce qui semble meilleur, nonobstant les griefs que les colonisés ont contre elle. En effet, « Tout ce qui venait de Paris avait pour la jeunesse un attrait passionnel, tout ce qui venait de Paris était considéré par elle avec un respect à la fois sacré et craintif » ( KEN , 32- 33). Ensuite, pour Kocoumbo et sa famille, le voyage ou plutôt son issue, qu’ils entrevoyaient heureuse, ferait de lui une figure respectable au village. À titre personnel, Kocoumbo se voyait célébré à son retour, tandis que son père, le vieux Oudjo, espérait que son fils reviendrait nanti de la sagesse des Blancs avec qui il serait à jamais lié par les alliances nouées par son fils ( KEN , 26). Enfin et à l’échelle du pays, les jeunes qui vont parfaire leurs études étaient l’avenir du pays, la promesse d’un avenir radieux : « Tous étaient appelés à être demain les élites de leur tribu. Un jour, ils y joueraient les plus grands rôles. Ils étaient envoyés en mission vers la France, pépinière fabuleuse de leur jeunesse exaltée. » ( KEN , 61). Cependant, l’appréhension de l’inconnu du voyage, même s’il est entouré d’espérance, soulève des craintes. Les difficultés que rencontrent Kocoumbo et ses camarades étudiants lors de leur voyage en France sont de deux ordres. Ce sont avant tout les difficultés de l’étranger qui doit s’intégrer dans son territoire d’accueil le temps de son séjour. Ce sont ensuite les problèmes liés à ce que Fanon appelle « l’expérience vécue du noir » (105). Le psychiatre martiniquais explique que, « dans le monde blanc, l’homme de couleur rencontre des difficultés dans l’élaboration de son schéma corporel. La connaissance du corps est une activité uniquement négatrice. C’est une connaissance en troisième personne » (108). En tant qu’homme noir, africain, c’est-à-dire colonisé et indigène, l’étranger qu’est l’étudiant africain revêt vite le costume de l’indigène qu’il espérait avoir laissé en colonie. S’il en doutait encore, l’indigène découvre le caractère inhérent de sa condition d’indigène en cette période coloniale. De plus et comme le soutient Fanon, « le Noir, dans la mesure où il reste chez lui, réalise à peu de choses près le destin du petit Blanc. Mais qu’il aille en Europe, il aura à repenser son sort. Car le nègre en France, dans son pays, se sentira différent des autres. On a vite dit : le nègre s’infériorise. La vérité est qu’on

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