AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 195 Maalouf, d’une part, venant du Moyen-Orient (le « Machreq »), le Liban qu’il a fui après le déclenchement de la guerre civile ; et d’autre part, Benfodil et Meddi, deux jeunes auteurs algériens, représentant la génération post-indépendante confrontée aux violences et aux drames de ce qui est communément appelé aujourd’hui « la décennie noire ». Toutefois, malgré les différences de ces textes tant sur le plan formel que thématique, il convient de souligner que les trois romans abordent la question historique (Histoire passée pour Maalouf, Histoire contemporaine et relativement proche pour Benfodil et Meddi) sur un plan dramatique et qu’ils interpellent le lecteur sur l’impact du fait historique sur la vie sociale et individuelle (psychologique) des hommes du présent. C’est la raison pour laquelle, ma réflexion prendra comme appui la notion freudienne du « déplacement » en tant que processus de défense de l’inconscient. Selon Freud (52-54), le déplacement est unmécanisme qui se déclenche dans le travail du rêve et qui permet de décentrer l’intérêt de l’objet essentiel vers l’objet le moins essentiel dans un but défensif. Je m’en sers dans la présente étude avec une acception littéraire afin de démontrer, à travers les textes choisis, comment la littérature actuelle procède au déplacement des frontières (génériques, représentatives ou identitaires) pour mettre en avant l’instabilité et la vulnérabilité de l’homme moderne dans un monde en perpétuel mouvement. I. Quelle Histoire ? Amin Maalouf convoque l’Histoire du XVI e siècle dont il dresse le tableau à travers une autobiographie fictive qui raconte les pérégrinations de son principal personnage, Hassan Ibn El Wazzan, plus connu dans le monde occidental sous le pseudonyme de Léon l’Africain. En revanche, Meddi et Benfodil inscrivent leur texte dans une Histoire contemporaine. L’un et l’autre choisissent de situer les principales actions de leurs textes respectifs dans la période des années 90 ou ce qu’on appelle communément en Algérie, la « décennie noire ». L’Histoire revisitée par Maalouf dans Léon l’Africain se situe à la jonction de deux siècles (XV e et XVI e siècles) et préfigure les relations actuelles entre le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident. Elle met en présence de nouvelles puissances militaires et rappelle deux faits historiques majeurs se déroulant la même année qui vont radicalement changer la géographie du Monde et repousser ses frontières : la découverte de l’Amérique et la chute de Grenade en 1492. C’est d’une part la naissance d’un nouveau monde, et d’autre part le déclin d’un autre, celui de la civilisation musulmane. Maalouf évoque également la naissance du protestantisme, l’expansion de l’empire ottoman, la Renaissance en Italie.
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