AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 197 l’absence du père, mort très jeune, qui pèse sur la construction identitaire du personnage principal Karim Fatimi, lui-même mort et absent de la diégèse puisqu’il ne figure qu’en tant que voix de papier, exhumée par la lecture de Mounia. Tandis que dans 1994 est mise en avant une relation conflictuelle entre un père autoritaire, rigide et un fils rebelle et soumis à la fois. Chez les deux auteurs algériens, l’Histoire émerge de la mémoire des personnages fictifs et du récit de certains événements historiques marquants. Dans le roman 1994 , ce sont les massacres collectifs dans les banlieues algéroises et les assassinats terroristes ciblés, les attentats à la bombe dans les centres urbains qui sont rapportés. Alors que dans Body writing , le récit du journal intime du personnage principal remonte aux origines de l’insurrection islamiste, en replongeant le lecteur dans un passé tumultueux (émeutes d’octobre 1988, pillages d’une population juvénile en colère et en mal de liberté et de justice, répression policière féroce puis guerre fratricide de la décennie noire). Le roman d’Adlène Meddi est catégorisé par certains critiques comme « roman policier » alors que l’auteur lui-même estime que c’est un « roman noir » dans la mesure où il essaie de dresser le portrait de la société algérienne dans ce qu’elle a de plus vrai et de plus sombre. Le flottement, l’oscillation générique de ce roman reproduit, en quelque sorte, le flottement identitaire des personnages, eux-mêmes noyés dans une société meurtrie par les années de guerre civile qui engendre les séquelles mémorielles du terrorisme extrémiste. Le narrateur relève les effets destructeurs de la violence vécue : « La guerre, se réveillait partout. Quand elle était là, elle purifiait salement le monde, le détruisant pour en créer un autre. Mais, quand elle revenait à travers les récits et la mémoire, ou des visages faussement affables […] la guerre devenait un poison individuel et non plus un massacre collectif qui se banalisait […]. » ( 1994 , 44) Le texte de Meddi s’ouvre par une scène d’enterrement où Amin se sent à la fois accablé par la mort de son père et libéré de son emprise. Cette dualité intérieure est matérialisée à travers la mise en forme binaire du texte divisé en deux parties, deux dates (2004/1994), deux personnages principaux (Amin/Sidali). Amin se trouve enfermé dans un asile psychiatrique après sa tentative d’assassinat d’une passante, au même moment où Sidali vit un exil forcé à Marseille et se lie d’amitié avec des Corses indépendantistes qui deviennent ses protecteurs et l’aident à revenir en Algérie après le meurtre qu’il a commis. Le texte suit le mouvement de la mémoire commune de ces deux personnages qui revivent par flash interposés les événements du passé, d’une vie

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