AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 198 antérieure qu’ils essaient d’oublier mais qui revient les hanter dans leurs nuits agitées et torturer leurs corps fatigués. Avec ses trois amis d’enfance, Amin fonde en 1994 un groupe armé pour affronter le terrorisme extrémiste. Ils exécutent Mehdi, le frère de Kahina dont Amin était amoureux. Le père d’Amin, haut responsable dans les services secrets algériens, efface les traces du crime de son fils et ordonne à celui-ci d’oublier ce qui venait de se passer et de ne plus jamais parler de ce sujet : « Mais le mensonge n’avait pas pris, car dans sa tête tout était resté. Il était et serait toujours là-bas, avec Sidali et les autres dans leur maquis urbain, dans le pays qui brûlait et qui les consumait. » ( 1994 , 40) Le narrateur laisse entendre que le discours injonctif de l’autorité paternelle, le discours de la « doxa » ne peut, à lui seul, effacer les images du passé, les séquelles des années de braise. Le texte romanesque souligne que l’oubli volontairement décidé n’a aucune emprise sur la mémoire involontaire car les souvenirs émergent au moment où Amin s’y attend le moins : Mais l’illusion s’estompait en cette période de deuil, elle se fragilisait devant les drames qui remontaient à la surface du présent avec une hargne revancharde. Le présent se fissurait, donc, laissant le passé s’imposer. […] Tourbillon de catastrophes intimes qui remontent à la surface malgré des années d’amnésie entretenue. La blessure est trop profonde. Enracinée. ( 1994 , 24) Les souvenirs longtemps refoulés et réprimés refont surface et rappellent les années de guerre civile qui ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire collective algérienne. L’injonction d’oubli, au lieu de permettre au personnage de se protéger et d’aller au-devant de la vie, provoque l’effet inverse, déplace son angoisse du dehors vers le dedans, en ce sens qu’il croit se protéger de l’horreur du monde en rompant avec son passé par l’oubli imposé mais cela ne fait qu’accentuer sa souffrance intérieure. L’écriture de Meddi insiste sur l’idée d’isolement et de retrait de l’être, replié sur lui-même et fermé au monde, conséquence de profonds traumas engendrés par des événements historiques dramatiques. De même, Mustapha Benfodil retrace une Histoire contemporaine de l’Algérie, douloureuse et traumatisante, à travers le journal intime de Karim Fatimi, son personnage principal, qui établit une autopsie de la société algérienne et du mal être de sa jeunesse. Dans Body Writing , roman caractérisé par une « plasticité » formelle très novatrice, la narratrice s’aventure dans l’univers sombre de son mari, l’astrophysicien et célèbre écrivain, Karim Fatimi, en décidant de lire son journal intime et de s’infiltrer dans son univers personnel après

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