AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 200 La perception du monde chez ces deux personnages se fait à travers un mouvement de fermeture et de repli sur soi. Pour Amin, cela se produit par la volonté de s’isoler dans son intériorité pour se protéger du monde extérieur : « Amin ne voulait pas ouvrir les yeux, s’obstinant à rester là, dedans, où ces hommes ne pouvaient venir, croyait-il. » ( 1994 , 28). Pour le protagoniste du roman Body writing , le seul refuge devient l’écriture, processus qui lui permet l’introspection et l’isolement, totalement à l’opposé du personnage de Maalouf qui voyage, dialogue et va à la rencontre des hommes et n’hésite pas à s’ouvrir sur le monde en accueillant sa complexité comme une matière de renforcement et de consolidation. II. Le texte palimpseste Maalouf choisit d’intégrer dans son texte des passages de La Description de l’Afrique , livre géographique et historique datant de 1526 écrit par Hassan El Wazzan lui-même, texte palimpseste sur lequel l’écrivain franco-libanais va broder son récit fictif. La subtilité de Maalouf réside dans le fait qu’il investit la voix d’un personnage du XVI e siècle pour lui faire porter un discours lucide sur le monde actuel. Il utilise le « je » de Hassan pour convoquer la voix du dialogue des cultures, la voix d’une identité ouverte à la différence et à l’altérité. Maalouf puise dans l’ouvrage La Description de l’Afrique les passages qui décrivent les modes de vie de différentes populations des trois continents, leurs traditions, leurs coutumes, leurs mœurs, leurs croyances religieuses. Véritable voyage anthropologique et déplacement culturel qui permet au lecteur contemporain de revisiter des époques révolues et des sociétés disparues dévoilant la diversité et la richesse des échanges culturels. Maalouf rajoute au texte référentiel, au document historique brut, une tonalité plus humaniste, le charge d’un engagement idéologique nettement perceptible et signifiant. En choisissant une construction fondée sur deux textes (l’un document historique, l’autre récit et invention romanesque), deux points de vue (le réel et le romanesque), l’auteur franco-libanais nous propose de voir : « deux facettes différentes, deux états successifs du même fait, une réalité convaincante parce qu’elle est complexe, humaine parce qu’elle est multiple. » (Yourcenar, 318) Chez Meddi, en revanche, la réalité est abordée à travers le regard éteint des personnages Sidali et Amin dont la mémoire mutilée finit par briser les chaînes et se libérer de l’emprise d’un oubli décrété. L’écriture permet au processus de remémoration de mettre des mots sur une réalité innommable et indicible :

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