AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 203 Karim Fatimi, qui exprime sa vive émotion par le dérèglement du langage l’exprimant, l’éblouissement crée le Big Bang des sens, Big Bang du langage déstructuré, brisé par le miracle de la naissance qui dépasse tous les mots. Ainsi, le narrateur-personnage invente une nouvelle orthographe, déplace les lettres, déforme les mots, les désaxe et leur donne une nouvelle naissance pour symboliser métonymiquement « n’Être NÊtre NÊtre ». Le sens naît de la vie ; l’absence, la perte ou la vacuité de l’être est réparée par l’enfantement, par le miracle de la vie qui se perpétue malgré le sentiment de perte de soi. III. Identité frontalière/identité de la perte La question identitaire est formulée dans les romans 1994 et Body writing à partir du sentiment de la perte de soi, de la vacuité de l’être et du retrait par rapport à l’autre. Attitude à l’opposé de celle de Hassan Ibn El Wazzan qui compense la perte de sa terre natale et d’une partie de son identité culturelle en la réparant par l’accueil d’autres cultures, par l’ouverture à l’altérité. Le personnage du roman Léon l’Africain représente alors l’être de la Relation : Moi, Hassan fils de Mohamed le peseur, moi, Jean-Léon de Médicis, circoncis de la main d’un barbier et baptisé de la main d’un pape, on me nomme aujourd’hui l’Africain, mais d’Afrique ne suis, ni d’Europe, ni d’Arabie. On m’appelle aussi le Grenadin, le Fassi, le Zayyati, mais je ne viens d’aucun pays, d’aucune cité, d’aucune tribu. Je suis fils de la route, ma patrie est caravane, et ma vie la plus inattendue des traversées. ( LA , 11) La vie extraordinaire de Hassan, marquée par une série de hasards et de coups du sort est captivante mais c’est surtout la personnalité atypique et le caractère singulier de ce personnage qui sont fascinants. En effet, en dépit du rapt dont il est victime et qui le conduit à Rome, dans une ère culturelle et religieuse fondamentalement différente de celle dans laquelle il a baigné jusque-là, Hassan non seulement s’y adapte rapidement mais fait preuve d’une véritable effervescence intellectuelle et d’une ouverture d’esprit lui permettant d’accepter l’autre dans sa différence et de s’enrichir au contact de cette altérité. C’est un personnage à l’identité frontalière 8 au sens que lui donne Leonora Miano dans 8 Léonora Miano utilise l’expression « identités frontalières » pour se définir elle-même et définir l’identité-relation en ces termes : « […] "identités frontalières". C’est par ce terme que je définis habituellement ma propre identité. Je la dis frontalière, ancrée, non pas dans un lieu de rupture, mais, au contraire, dans un espace d’accolement permanent. La frontière, telle que je la définis et l’habite, est l’endroit où les mondes se touchent, inlassablement. C’est le lieu de l’oscillation constante : d’un espace l’autre, d’une
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