AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 205 Conclusion La notion de déplacement par un mouvement d’ouverture ou de clôture, par le repli de l’être, le retrait du monde dans 1994 et Body Writing ou par l’éclosion rhizomique dans Léon l’Africain , relie ces trois textes diversement. Dans Léon l’Africain , le déplacement est double. D’une part, sur le plan géographique, on assiste à la découverte d’un continent dont on ignorait l’existence jusque-là, ce qui va permettre de repousser ou déplacer les frontières, d’élargir l’horizon des expéditions maritimes et des nouvelles découvertes géographiques. D’autre part, sur le plan historique, le déplacement spatial suite à l’exode massif des populations andalouses, provoque chez le personnage principal Hassan Ibn El Wezzan le sentiment de résilience et de prise de conscience de son entité ontologique. Contrairement à son père qui dépérit, se replie sur lui-même et s’enfonce dans un exil intérieur, Hassan quant à lui opère un mouvement d’ouverture, et déplace son être du côté de l’accueil de l’autre, de l’acceptation de l’altérité qu’il adopte comme nouvelle modalité de son être rhizomique. Dans le roman de Meddi, la notion de déplacement se profile par un mouvement de fermeture et de repli sur soi dans le déni du passé mais le flux et le reflux de la mémoire envahissante mure les personnages dans un état d’absence de soi et de vacuité ou d’inanité de l’être. Ce n’est qu’à la fin du récit, lorsque Sidali se recueille au cimetière à la mémoire de toutes les victimes de la guerre qu’il réussit à opérer un mouvement d’ouverture vers le jour et déploie son être de la Relation en extériorisant son émotion. Dans le roman de Benfodil le déplacement est manifeste à travers le sens de la démesure. Tout est propension à l’exubérance et au foisonnement d’un « langage en furie ». Un langage en délire qui déplace les frontières du genre romanesque, renverse de fond en comble la structure du récit et repousse les limites du genre en dédoublant la matérialité du réel. Le sens est constamment déplacé vers un « inachèvement fertile » ; autrement dit, il glisse sur une ligne de fuite continue et insaisissable. En reconstruisant le sens de l’œuvre et de la vie de l’écrivain Karim Fatimi, la femme de celui-ci retrouve le sens de sa propre vie qu’elle pensait avoir perdu avec la mort dramatique et brutale de son conjoint. Et c’est l’écriture, paradoxalement sur le journal intime de l’absent, de son ressenti, de son expérience de prospection, d’exploration de l’univers mental, de l’intériorité de son mari décédé qui permet à la narratrice de faire son deuil, de sortir vivante de cette expérience de la mort. Ainsi, dit-elle : « de nos textes mélangés s’écrira
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