AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 208 nouant des liens avec les sciences sociales et prenant en compte des éléments tels que les témoignages, les enquêtes, les archives, les reportages. Une telle conception place les œuvres littéraires dans le domaine des territoires de la non-fiction, qui promeut une réflexion pluridisciplinaire et élargit les frontières d’antan du romanesque. Champ de recherche en application sur les fictions italiennes et latino-américaines, les questions sur les territoires de la non-fiction systématisent les récits au format d’enquêtes et les écritures dites du « réel », en faisant abstraction des anciennes frontières entre le journalisme, les sciences humaines et la littérature. Sur ce principe, Alexandre Gefen stipule [qu’]émerge sous nos yeux une toute nouvelle littérature d’information, de témoignage, d’inventaire ou de documentation. Or ces textes ne se contentent pas de déjouer les critères des classements des bibliothèques et d’intriguer les théoriciens du récit, ils modifient profondément les catégories du littéraire et imposent leur poétique propre. (1) Loin des terrains italiens et latino-américains, une extension de l’étude de la non-fiction au cas maghrébin francophone est probable, ceci afin de participer à l’ouverture du champ d’investigation à d’autres espaces littéraires. On sait que bon nombre de narrations de cet espace s’inscrivent dans le postcolonialisme, avec comme leitmotiv le besoin de réécrire l’histoire coloniale, en adoptant la focalisation des autochtones, naguère réduits à la marge. Or, l’une des spécificités de ces œuvres littéraires est qu’elles investissent notamment les méthodes d’enquêtes (documentation) des historiens pour ajuster l’impression du vraisemblable, « cette modalité d’écriture qui se propose de rendre compte de faits ayant réellement eu lieu » (Milanesi et Barrientos Tecún, 7). Marquées par un contexte de remise en cause du discours dominant (Hiddleston, 167-182), de nombreuses fictions francophones du nord de l’Afrique scrutent les contours mémorielles, perçus du point de vue des dominés, pour construire une autre histoire. Dans ce sens, le roman La femme sans sépulture 1 (2002) d’Assia Djebar est représentatif de cette dynamique, en réinvestissant l’histoire de la guerre pour l’indépendance de l’Algérie, pour faire émerger des acteurs longtemps réduits à l’effacement. En effet, l’héroïne de cette fiction, Zoulikha Oudai, figure oubliée de la guerre d’indépendance, est réhabilitée à travers un récit-témoignage qui remet en présence la participation des femmes dans la lutte pour la libération, au moment où les textes officiels glorifient 1 Les références prochaines à cet ouvrage seront marquées par FSS , suivies du numéro de la page.

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