AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 209 l’exclusivité du système patriarcal. Le mérite du texte d’Assia Djebar réside dans le fait que le récit est tissé à la lisière d’un fait réel, inscrit dans la mémoire collective des martyrs, avec en appui, le recours aux archives et aux témoignages. Ces éléments servent de matériau littéraire et apparaissent dans le roman de l’auteure algérienne. Se pose alors la question sur le brouillage entre la fiction et la réalité dans La femme sans sépulture. De manière générale, comment peut-on inscrire les textes postcoloniaux dans les territoires de la non-fiction ? Comment se dessine, à partir du texte d’Assia Djebar, l’idée d’une déconstruction du mot « frontière » ayant recours à un mélange des genres ? Comment rendre compte de la dichotomie sémantique de l’association « non-fiction » 2 en jouant sur le réel et l’imagination ? Investir le concept de la non-fiction dans la littérature africaine du nord vise à (re)définir les possibilités de son application à l’espace désigné, à travers la complexité du système des genres littéraires, la pluridisciplinarité et le brouillage des frontières. Chez Assia Djebar, notamment dans La femme sans sépulture , cela se traduit par les procédés esthétiques de mise en fiction du réel à partir d’une écriture mémorielle, dont les principaux réceptacles sont le documentaire, les enquêtes et les témoignages. Introduction aux territoires de la non-fiction dans les espaces culturels du Sud Le besoin de retranscrire les faits du génocide rwandais par le biais de la littérature a donné lieu à des textes qui ont aboli les frontières dans la notion de genre. Pris en étau entre le reportage, le témoignage, le récit et parfois la photographie, le roman du devoir de mémoire 3 sur le drame rwandais s’inscrit dans la conception fonctionnelle des territoires de la non-fiction, qui d’antan, a eu pour laboratoire d’étude les espaces italien et sud-américain. Mais que peut-on entendre par « la non-fiction » ? Dans quel cadre en faire mention ? D’après Alison James et Christophe Reig, 2 À l’évidence, le concept de non-fiction ne renvoie pas à la suppression de l’imagination. Il s’agit plutôt d’une sorte de conciliation du romancier qui puise dans le réel tout en se rapprochant formellement de la fiction. Un tel dispositif admet donc une œuvre à l’identité entre le roman, le documentaire et le reportage. 3 L’exemple de Dans le nu de la vie (2000) de Jean Hatzfeld est représentatif de cette donnée. Ce livre est un parfait alliage de témoignages recueillis auprès des rescapés du génocide, mêlant narration et photographies, afin de rendre compte de l’effet réel des faits racontés.
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