AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 210 à première vue, la dichotomie non-fiction / fiction sert surtout à repartir en deux grandes catégories le territoire de l’écrit, par une vaste simplification qui dissimule la complexité du système des genres. […] La notion de « non-fiction » ouvre un chantier de réflexion prometteur, pluridisciplinaire – en parallèle avec des travaux récents sur la fiction qui, en refusant de réduire celle-ci au seul genre du roman, soulignent la multiplicité des « usages » de la fiction dans un champ culturel élargi. (7) Dans la perspective ouverte ici, la notion de non-fiction ne fait donc pas référence à celle de non-romanesque qui intègre ici la notion de genre littéraire et celle de fiction. Il s’agit plutôt de considérer la négation « non- fiction » 4 dans une approche qui initie une corrélation entre les deux pôles, en rendant visible l’apport fictionnel dans les œuvres et en analysant les procédés de « mise en fiction du réel ». On aboutit ainsi à une œuvre qui, bien que fictionnelle, s’inscrit dans la logique de réalisme – factualité – évident. Concrètement, dans la droite pensée d’Alison James et Christophe Reig, « cette dénomination fait apparaître l’instabilité du champ qu’elle définit, le flou des limites, l’incertitude de la transcendance esthétique. Penser la non-fiction, c’est aussi penser les frontières de l’art face à l’épreuve du monde » (8-9). Il y a ici, en sourdine, l’idée d’une imbrication des genres artistiques, qui laisse transparaitre un malaise axiologique autour du mot « frontière ». La frontière, si elle existe, devient floue et les limites insoupçonnées, tant les différents genres se télescopent sans faille, dans une sorte de « bricolage » réussi, suivant les apories de Claude Lévi-Strauss (27). Les territoires de la non-fiction, dans leur fonctionnement, font appel aux documents ayant trait au vécu historique pour ranger sur un même segment le réel et l’imagination. Suivant ce principe, les écrivains placent le recours au document au centre de l’écriture littéraire, afin d’« explorer un nouveau champ narratif qui mettrait en tension l’attestation factuelle et l’invention fictionnelle » (Milanesi et Barrientos Tecún, 15-17). De ce point de vue, il existe un possible rapprochement sémantique avec la notion de « factographie », systématisée notamment par Marie-Jeanne Zenetti (2014), pour mettre à jour les référents « factuels » qui amplifient l’ambigüité de la fictionalité. Conjointement, 4 La notion de non-fiction se distingue du réalisme, qui renvoie généralement à la fiction vraisemblable. La compréhension de la non-fiction s’entend dans son parallélisme avec la fiction : « L’opposition fiction/ non-fiction permet […] d’interroger les enjeux épistémologiques et éthiques d’un certain mode d’approche des faits réels, d’un certain rapport au monde – sans pour autant accorder à cette quête de réel une priorité sur la fiction (la fiction n’est pas le faux ; la non-fiction ne correspond pas directement au vrai). S’il ne s’agira pas, inversement, de subordonner la non-fiction à la fiction. » (James et Reig, 8).

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